lundi 8 février 2010

La grande roue dévoilée


Immense fierté d’avoir enfin présenté, dans ma gazette, mon ambition de faire de cette ville une grande cité "digitale", comme on dirait de certaine femme ! Qu’est-ce qu’une cité digitale, me demandera-t-on ? M’apprêté-je à remplir les parterres des quais de gants de bergère, de queues-de-loup et autres queues-de-renard ? Non, je vous rassure, même si Digitalis purpurea est il est vrai réputée pour les glycosides de ses feuilles, cardiotoniques durables dont l’acquisition grèverait moins les finances municipales que ces défibrillateurs, aussi inesthétiques qu’inutiles, dont une misérable doctoresse fourvoyée en politique voudrait qu’on les disposât gracieusement partout dans la ville. Avec un peu de propagande, il suffira de convaincre mes administrés de s’offrir un petit sachet de graines à la jardinerie du coin, pour faire pousser ces salubres digitales sur leur balcon, plutôt que des plantes illicites qui finissent toujours, comme on sait, dans les fumées de paradis artificiels bien trop riches en CO2. 
 
Mais revenons à ma conception visionnaire de la cité digitale, qui va bien au-delà de simples préoccupations botaniques ou sanitaires. Soyons francs : au risque de déplaire, il s'agit pour moi d'une cité qui obéit au doigt et à l’œil à son maire ! Au doigt plus qu’à l’œil du reste, avouons-le, tant la pression fiscale demeure ici importante, malgré nos efforts loués pour la maintenir coûte que coûte à un niveau constant, nonobstant le remboursement des dettes abyssales d’un prédécesseur indélicat, sanctifié sans vergogne par ma gazza ladra. Il m’apparaît de plus en plus clairement, en effet, qu’une ville ne peut-être gouvernée durablement si ses élus sont sans cesse harcelés, contestés, insultés à chaque décision, qu’il s’agisse de construire le moindre pont, le moindre stade ou le moindre quartier d’affaires. C'est qu'à mon âge, voyez-vous, on n'a plus de temps à perdre !

Qu’on me comprenne bien : donner un avis sur tout, en toute circonstance, remettre en cause chaque jour un mandat qui m’a été remis pour six ans dans les règles, cela porte un nom : le déni de démocratie ! Faisant fi de ma propension naturelle au dialogue et à la concertation, j’en appelle aujourd’hui solennellement à l’obéissance civique et à l’esprit de discipline ! L’administré n’est après tout qu’un soldat du rang soumis aux ordres ; jamais je n’admettrai qu’un quarteron d’opposants à la retraite se missent en travers de mes projets, appelassent les populations à la rébellion ou , pire encore, refusassent de cracher au bassinet ! In vino veritas : ils se sont enfin démasqués ! J’exige que l’assemblée du peuple, où je demeure hélas scandaleusement interdit de séjour, inscrive dans la loi le droit imprescriptible des communes chefs-lieux de département et de région à la réquisition des fonds de ces collectivités territoriales ! 

A ce propos, ne sommes-nous pas après tout la capitale européenne d’où, sans débourser un euro, Roussy pourra demain peut-être, grâce à moi, balayer du regard l’ensemble de sa région, de l’océan jusques à ses sommets les plus majestueux, et de la main un ministre battu, renvoyé à Paris au Travail ? C’est très sérieusement ce que me propose un promoteur privé un peu fou, avec l’installation ici de la plus grande roue du monde (deux cents mètres de diamètre, rendez-vous compte !), sorte de passerelle Eiffel se mordant la queue, agrémentée de nacelles transparentes en forme d’œuf pour faire tourner les passagers. J’avoue être tenté, prêt à m'exposer aux sarcasmes des langues de pie vipérines qui déjà raillent ma prétendue mégalomanie. Deux cents mètres tout de même, vous imaginez la hauteur ! Voilà de quoi rendre jaloux Razibus, dont je pourrais surveiller facilement d’ici le palais à la jumelle ! 

Ce matin au petit déjeuner, c'est Denise qui avait attiré mon attention sur l’article consacré à cette folie grandiose, me promettant entre deux caresses digitales de sonder – avec doigté, il va sans dire – deux ou trois dames des beaux quartiers, occupées à quelque œuvre d'auto-bienfaisance. L’une d’entre elles, vient-elle de me rapporter au téléphone, nostalgique aigrie de mon prédécesseur oublié au nom de petit stade, n’a pu s’empêcher de persifler entre les dents de son râtelier : "Cette pauvre ville s’est donnée à un paon ; il fallait bien qu’il finisse par lui faire enfin la roue, c'est la moindre des choses !" Oui, gente dame, ne vous déplaise ! Ma maudite pie l'a bien compris qui, toujours dans ma roue, essaie de nous faire le coup de la paonne...

lundi 1 février 2010

Le mensonge intégral


Il est de mon devoir d’aborder aujourd’hui sur ce blogue la grave question du mensonge intégral, pour affirmer haut et fort qu’il est incompatible avec nos valeurs républicaines fondamentales. Je dis bien fondamentales. Ayons le courage d'exiger de l’Etat qu'il se donne enfin les moyens de faire respecter ces valeurs ! Parce qu'il est incompatible avec la liberté et la dignité de la personne humaine, parce qu'il est aussi un manquement grave à la communion des chrétiens, dans les yeux je vous le dis : le mensonge intégral doit être exclu de l’espace public – dont procède, je le rappelle ici, l’espace politique. Il y va de notre démocratie durable. 

Contre ce fléau qui pourrit la République par la tête, regardons sans tarder les dispositions législatives ou règlementaires qu’il convient de prendre pour compléter l’arsenal juridique dont nous disposons déjà. Car le mensonge intégral n’est autre qu’un voile noir jeté sur la vérité, pour la céler aux Françaises et aux Français ! Soyons francs : qu’est-ce donc que la vérité s’il lui est interdit de se montrer dans sa splendeur à visage découvert ? La vérité intégralement voilée est à la démocratie, n'en doutez pas, ce que la roue voilée est au vélo : elle l’empêche d’avancer ! Je n'ai pas réhabilité la bicyclette dans cette ville pour en arriver là !

Ne tournons pas autour du pot : il est de notoriété publique qu’on me voit rarement occupé à flatter le petit Pinocchio, tant je ne suis pas par nature un homme de cour. Cela suffit-il à me faire passer pour un compte (vous m'avez compris), en me traitant d’affabulateur devant les Françaises et les Français ? On voudrait me décrédibiliser - faire barrage à mon retour à des affaires plus hautes que celles dans quoi je barbote au fond de cette province humide - qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Martelons-le ici avec force : Rikiki-de-droit m’a bien proposé la rue Cambon, que j’ai refusée après mûre réflexion, ne supportant pas finalement l’idée de vivre ailleurs qu’ici le reste de mon âge ! Des deux, croyez-moi, je ne suis pas celui qui ment et dont le nez s’allonge !

Affabulateur, moi ? Enfin, à près de soixante-cinq ans, ai-je franchement une tête à commencer une carrière d’affabulateur ? Sérieusement, m’a-t-on jamais pris à mentir intégralement dans quelque affaire ? Laissez-moi rire ! Il se dénonce celui qui me peint en héron de la fable, me récitant cyniquement deux ou trois vers qui le démangent : "Ne soyons pas si difficiles / Les plus accommodants ce sont les plus habiles / On se hasarde de perdre en voulant trop gagner / Gardez-vous de rien dédaigner." La prima donna va-t-elle lui mettre cela en musique pour nous le servir à la guitare ? Si comme certains j’étais grossier – A Dieu ne plaise ! –, je répondrais sans détour à ce Cesarino que c’est se foutre du monde que de mentir intégralement aux Françaises et aux Français, dont le pesant silence indigné me dit qu’ils sont tous derrière moi. Si je mens, vraiment, qu'on m'envoie rôtir en enfer sur une broche de charcutier !

Denise me souffle à l’instant un propos de Picasso que j’ignorais : "L’art est un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité".  Certes Pablo mais, sans vouloir aucunement me vanter, Razibus n’est pas comme moi un artiste en politique, mais au mieux un faussaire veule et sans talent. Le mensonge est pour lui un art, en rien l'inverse. Ce pervers ne m’appelle que pour prétendre qu’il ne m’a pas appelé, pensant me confondre comme dans cette regrettable affaire de muraille teutonne en novembre où, par charité chrétienne,  j’ai eu la faiblesse de le soutenir dans l'adversité. On ne m’y reprendra pas, je vous le jure ! Soyons clair : je suis sain de corps et d’esprit ; s’il m’arrive d’entendre la nuit dans mon sommeil la voix du Général, jamais Il ne m’a sonné sur mon portable ! Et jamais, grands dieux, il ne me viendrait à l’esprit de L’appeler moi-même au téléphone !

Inutile de préciser que, dans cette lamentable histoire, ma funeste dame de pique est évidemment l’alliée objective du petit Gepetto, se souciant de cohérence comme d'une guigne, même en plein hiver. Ainsi est-elle de son côté quand il me traite de menteur, mais l’accuse-t-elle aussitôt de mensonge s’il nie tirer les ficelles de quelque procureur, espérant pendre enfin à un croc de boucher son ennemi relaxé à particule ! Seigneur, qu’ai-je fait à ces deux oiseaux de malheur pour mériter telle cabale ? Pourquoi cette calomnie de toute part ? Ah ! Plût au Ciel que je pusse enfermer cette pie et ce mainate chacun dans une cage ! Avec quel plaisir – quelle volupté ! – je recouvrirais alors leurs barreaux d’un voile noir intégral ! Pour leur clouer le bec et ne plus entendre leurs mensonges, ni mes quatre vérités !

dimanche 24 janvier 2010

La potion magique


On dit du petit Hun qu’il tire toutes les ficelles. Sans vouloir le vexer, je lui fais affectueusement remarquer que son fil à pêche est un peu gros, et son hameçon pas très discret sur quoi il a accroché la Cour des comptes. A peine l’asticot avait-il expédié l’oraison funèbre du défunt président aux Invalides qu’il m’a servi la mienne, avec cet enterrement politique de première classe enveloppé dans un papier cadeau. Depuis le temps qu’il me donne pour mort, reconnaissons néanmoins la cohérence que représente, de son point de vue, la descente de ma dépouille au prestigieux tombeau de la rue Cambon. Mais pensait-il vraiment que j’allais demeurer les mains jointes et accepter son linceul bordé d'hermine ? Sans doute que non mais, pour autant, il n’a pas raté l’occasion de signifier aux Françaises et aux Français ce à quoi je puis prétendre de mieux à l’âge de la retraite. La magistrature suprême, certes, mais d’une cour sans pouvoir et non point de la France !

Réponse du berger à la bergère ; c’est Cyrano qui me vient à l’esprit pour fustiger le petit pêcheur du dimanche, tellement ridicule avec sa grosse épuisette :
"S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci !"
Où l'on voit que Rostand, déjà, connaissait son Fouquet’s. Soyons francs : pourquoi irais-je pondre en cette courette d’épais rapports que Razibus, sans même les lire, disposerait sur sa chaise pour rehausser son séant, quand le Général me presse dans mes rêves de sauver la Nation, en boutant hors du palais ce parasite indigne ? Non, merci ! Le président du Conseil constitutionnel serait-il brutalement rappelé à Dieu que je ne serais pas le moins du monde étonné qu’on me proposât demain les clés de la rue de Montpensier. Non, merci ! J’attendrai patiemment la fin de mes deux quinquennats pour mettre peut-être les pieds au Palais Royal, où m’attendra Rikiki depuis sa lointaine défaite.

Une anecdote à ce propos. Dans cette fameuse maison de retraite qui m’a valu la semaine dernière le courroux de ma dame de pique, une pensionnaire âgée s’est approchée de moi sur son fauteuil roulant pour me confier, dans la bouillie d’un sourire sans dentier, qu’elle raffolait comme moi du quinquennat ! Devant mon air interrogateur, un vieux monsieur à canne anglaise a suggéré qu’elle voulait sans doute parler de Quinquina, boisson dont il gardait lui-même une certaine nostalgie. L’oreille et l’esprit confus de la vieille dame, me dit Denise en sortant, avaient sans doute emmêlé ma soif présidentielle et le vin de quinquina que, dans nos campagnes, on faisait jadis prendre aux enfants pour ses vertus toniques. Le soir, au lit, m’est apparue ma grand-mère paternelle. Comme dans mon enfance landaise, elle me tendait un verre avec ces mots fortifiants : "Bois, mon drôle : le quinquina fera de toi un homme !" Hélas, c’est aujourd’hui le petit prince qui se siffle toute la bouteille ! Comme il ne tient pas l’alcool, aidons Dieu à lui épargner un second quinquina – je veux dire quinquennat.

Boudé ce midi l’inauguration des mètres-cubes alignés sur les quais par des artistes locaux sans talent, dans un interminable et lassant dégradé de verts ; indigente réplique, j'ai peine à le dire, de l'époustouflant séisme de ma biennale d’art contemporain. Mon absence sera commentée, n'en doutons pas. De mauvaises langues prétendront même que je craignais de sentir le Roussy, en ce début de campagne des régionales où le gaz carbonique se négocie à la tonne. Ne leur enlevons pas le pin de la bouche, laissons-les dire. On me rapporte du reste que ma gazza ladra ne s’est point montrée elle-même à cet événement, sans doute occupée à faire crotter son chien un peu constipé dans les jardins de l’hôtel de ville. 

En réalité, loin de la cour qui se pressait autour de l’ex-futur maire de la ville en campagne, je faisais mes comptes pour l’hyper stade, rognant avec une calculette sur le rembourrage des sièges des tribunes officielles, grattant sur le carrelage des douches, épargnant sur les cuvettes de WC, discutant en vain la taille des buts et le maillage des filets. Et sirotant - l’avouerai-je ? - un délicieux vin de quinquina préparé par Denise, avec un produit dégoté dans une épicerie bio, macéré dans un excellent cru bourgeois. Eau de vie, eau de jouvence !... Razibus, à nous deux maintenant ! Grâce à mon druide, j’ai moi aussi la célèbre potion magique pour 2012 ! Et un peu la tête qui tourne, ne le répétez pas !

dimanche 17 janvier 2010

Le Che se rebiffe !




Trop, c’est trop, il suffit madame ! Je n’en puis plus ! Qu’on me pardonne ce coup de gueule dominical un peu personnel, mais l’actualité est avare de grands sujets de réflexion en ce début d’année morose. Je sors de mes gonds ! Dieu m’est pourtant témoin que je reste habituellement sourd aux mesquines attaques d’une agaçante agasse qui fait feu de tout bois, hormis celui du siège qu’elle m’a chapardé sans vergogne ; mais cette fois la coupe est pleine ! En état de péché mortel depuis deux ans et demi – Tu ne voleras point – la bestiole ment, diffame et calomnie quand d’autres s’abimeraient en pieuses pénitences ; elle s’immisce même dans ma vie privée, attaquant bassement Denise à qui elle prétend interdire de se montrer à mon bras !

Parlant la bouche pleine de galette républicaine, elle s’est déchaînée vendredi soir devant ses ouailles cantonales, me crachant à distance sa fève en plein visage !  Et elle récidive sur son blogue infâme, me dit-on, y traitant de guérillero un futur président de la République à qui elle taille un costume de Che Guevara ! Mais de quelle guérilla parle-t-on  donc ? Voici l’affaire. Alors que la petite conseillère générale tirait les rois républicains sur ses terres, j’ai eu l’outrecuidance, à quelques pas de là et sans laissez-passer, d'entrer avec DD (ma Denise digitale) dans une résidence de personnes âgées, pour y inaugurer innocemment une console Wii, dans la plus stricte intimité. Quel crime abominable ! Qu’on n’imagine pas pourtant que la marâtre s’opposât à la "nintendonisation" forcée des vieux, bien au contraire ; elle revendique seulement le monopole de leur informatisation sur sa cagnotte parlementaire !

Quel est donc le chef d’accusation, me demanderez-vous ? L'horreur ! Rien moins que la médiocrité, la puérilité et la dérision, craille le volatile ! Plus perfide qu’Albion, j’ai choisi mon heure pour m’assurer de ne l’avoir point dans les pattes, voulant tirer la couverture des vieux à moi, au risque de les exposer à un refroidissement fatal. Soyons francs : je me soucie comme d’une guigne de ses galettes hivernales, dont peu m’importe qu’elles fussent briochées ou fourrées à la frangipane ! Croit-elle donc que je fouine dans son agenda, que je surveille tous ses mouvements,  que je soudoie son pâtissier et son coiffeur ? Les choses sont plus simples en vérité : si j’ignore la péronnelle, c’est qu’elle n’a pas pour moi plus de réalité que Dieu pour un athée : elle n'est qu'une nuisible invention des socialistes dérangée pendant sa messe, voilà tout. Pour n'avoir pas comme d’autres la religion de cette femme fatale, je n’en comprends pas moins qu’elle meure d’envie, comme tout le monde, d’être vue à mes côtés, fût-ce au fond d'un hospice de quartier. Très peu pour moi : l’aimant veille à se tenir éloigné de cette pauvre limaille !

Cerise sur la galette, elle me taxe d’égotisme et d’inélégance – Ah ! son défunt maire au nom de stade insalubre ! –, m’accordant néanmoins au passage un cerveau… de bonne taille. Le guérillero lui en sait gré, mais craint que la pie ne soit pas elle-même mieux pourvue à ce niveau que la linotte. Comment, ne voyant pas plus loin que le bout de son nid, pourrait-elle comprendre que ma guérilla se déroule ailleurs, à des hauteurs où ne sauraient l’élever ses pauvres ailes ? Croit-on que je me soucie de prendre son canton à cette cantonnière, en ratissant des maisons de vieux dont nombre de pensionnaires auront rendu leur carte d’électeur à Dieu avant 2012 ? Non, c'est la jeunesse de France qu'il me faut ! Celle que Nintendo prépare depuis le berceau au monde virtuel de ses retraites !

Médecin dans le civil, me dit-on, cette femme revêche et gloutonne ne devrait pas ignorer qu’il est dangereux pour la digestion de mâcher sa galette en remâchant sa haine. Pour ma part, du reste, j’évite depuis longtemps de tirer les rois en politique, me souvenant d’un proverbe du cher professeur Choron dans l’Hara-Kiri de mes années soixante : "C’est toujours le chauve qui trouve le peigne dans la galette des rois". Et la pie, sans doute, qui tire le couteau.


samedi 9 janvier 2010

Hommage d'Epinal



Je rappelais il y a peu ici la formule expresse par quoi une célèbre journaliste avait, jadis, assassiné mon prédécesseur au nom de stade en ruine : "On ne tire pas sur une ambulance". J’ignorais alors qu’il me faudrait moi-même ajouter bientôt : "ni sur un corbillard". Soyons digne en effet : la presse peut bien se gargariser du  nom peu amène dont le mort le plus regretté de la semaine m’avait gratifié en 2002, je ne répondrai pas. Aveuglé par son orgueil ou son dépit, il lui avait été difficile de comprendre ou d’admettre, déjà en 1995, que le président n’eût d’autre choix que de confier au meilleur d’entre nous la direction du gouvernement de la France. De quel droit me serais-je dérobé ? Se dérobe-t-on à la nation au prétexte qu’on n’en est pas pupille ? Je crois avoir suffisamment payé pendant deux ans ma victoire – ou mon prétendu larcin – pour ne me sentir en rien coupable du sort du cher défunt.

Soyons francs : si je n’ai guère fait la cour à ce baryton tempétueux, l’heure n’est plus aux comptes, je le crains, ni à leur règlement. On vole, on est volé et puis finalement on s’envole ; ainsi va la vie, comme dirait une mienne pie blogueuse à qui je rêve de clouer le bec et de rogner les ailes. De là à faire de moi l’un des douze apôtres du cinéaste Robert Aldrich, pour crime de liquidation du Rassemblement au profit de l’Union, il y a un pas tout de même… Non, tu as raison Denise, on ne m’a jamais vu dans le rôle de l’Iscariote. Pourquoi irais-je donc me pendre dans un cerisier en plein hiver ?

A bien y réfléchir, je pourrais au demeurant être jaloux, à mon tour, que le Général ait déjà rappelé cet ombrageux compagnon auprès de lui, plutôt que moi. J’accepte au contraire sans broncher qu’il me cantonne ici-bas, pour permettre à la France de retrouver le rang qui lui sied dans le concert des nations. Puisque tels sont sa volonté et mon destin, je serai bien lundi aux Invalides, pour le représenter aux obsèques officielles. Avouerai-je pourtant que, depuis jeudi, me tourmente un verset abscons de l’évangile de Luc* : "Laissez les morts enterrer leurs morts". Certes la parole du Christ n’est pas à prendre à la lettre ; l’inhumation stricto sensu n’aura pas lieu du reste aux Invalides et il est trop tôt pour le Panthéon, quand bien même la crypte de Camus cherche encore un repreneur. Serai-je néanmoins à ma place au milieu de tous ces gens déjà, sans le savoir, morts politiquement ? C’est que mon royaume à moi est plus que jamais de ce monde, je n’en veux pour preuve qu’un titre enthousiaste d’un grand quotidien du soir, mardi je crois, sur ma rentrée politique. Être encore du Monde, ce n’est pas rien tout de même, comme dirait Razibus ! Surtout si l’on y échappe à la rubrique nécrologique.

A propos de Rikiki, il n’a échappé à personne que j'ai habilement poursuivi, cette semaine, ma tactique du cracher-cirer**. On m’avait entendu me démarquer franchement dans la presse du débat sur l’identité nationale, en balayant de la main cette foutaise inutile et stupide, dangereuse pour la France. Deuxième acte : après avoir craché dans la soupe, je mets finement aujourd’hui de l’eau dans mon vin : pourquoi pas un débat après tout, pour autant qu’on le réoriente ? Je souffle le froid et le chaud, c’est ma spécialité. Il y faut du courage et de la ténacité, mais on s’accorde à dire que je n’en manque point. Oui, je m’expose et prends des risques, alors que je pourrais faire le mort comme tant d’autres ou, pour me divertir au sens pascalien, prétendre vaquer exclusivement à mes occupations municipales. 

Mais de quel ennui serait, mon Dieu, un urbi sans orbi ! Quelle humiliation publique que de faire la manche au conseil général pour quelques tribunes, alors que la presse m’en offre tous les jours gracieusement dans ses pages, autrement utiles à ma gloire nationale ! Quel gâchis ce serait que ma gnaque n'eût pour s’exprimer qu’un pauvre stade, quand elle est taillée pour une nation ! C’est que ma figure géométrique est l’Hexagone, voyez-vous, pas un misérable rectangle semé de gazon, tout juste bon pour notre fougueux défunt, amateur de football relégué en seconde division. Les Françaises et les Français ne s’y trompent pas, croyez-moi, qui savent faire la différence entre l’étiquette d’un grand cru classé et une simple image d’Epinal. Pour sortir du rang, l’homme politique doit, comme le vin, prendre de la bouteille, ce que Dieu ne donne pas hélas à tout le monde. Face à cette mort qui frappe et émeut la France, dirai-je le pincement au cœur que j’ai ressenti, ce matin, en foulant du pied la plaque de bronze qui, à l’entrée de mon palais épiscopal, au bas d'une longue liste, fait suivre mon nom d’un millésime originel et d’un inquiétant tiret. Comme suspendu, il semble me murmurer : "je t’attends" ? Et dire que c'est écrit, Dieu du Ciel !... Quand ? Fouetté par un méchant blizzard, j'ai senti mon corps soudain se glacer comme le marbre.

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* Luc, 9, 60.
** Voir mon billet du 15 décembre 2009.

jeudi 31 décembre 2009

Françaises, Français...

Mes Chers Compatriotes,


Je remercie tous ceux d'entre vous qui, par milliers, m’adressent sans discontinuer depuis hier de touchants messages de sympathie, suite à l'odieux assassinat de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, au mépris de la volonté du peuple. Votre compassion, votre attente, vos prières sont autant de signes qui disent que je demeure pour vous, pour ce pays, le médecin référent de la planète. Oui, vous exprimez, au nom de toutes les Françaises et de tous les Français, et au travers d'eux de tous les citoyens du monde, la révolte, le désespoir, le refus d’être abandonnés, telles des stars vieillies du rock'n'roll, aux mains de praticiens incompétents ; des praticiens imbus d'eux-mêmes dont l’action inéquitable et brouillonne va vous interdire, des mois durant, de contribuer par une obole joyeuse et volontaire, au sauvetage d’un globe outragé, d’un globe brisé, d’un globe martyrisé ! D’un globe que vous me suppliez de libérer ! Votre confiance m'émeut mais surtout elle m'oblige, devant Dieu et devant les hommes.


Je vous ai compris !


Est-ce le hasard si Denise m’a offert pour Noël une édition rare, regroupant de précieux textes de Mauriac accompagnés de lettres d'éminents correspondants du grand homme ? Je ne le crois pas, tant mon âme est assurée que Dieu compte Lui aussi sur moi pour sauver aujourd’hui une Création en péril, devenue irrespirable et menacée d'hyperthermie ! Soyons francs : j’ai eu dans la nuit, par la grâce d’une divine insomnie, la fulgurante révélation que quelques lignes du maître de Malagar étaient écrites pour moi : "Même s’il succombait politiquement, il ne serait atteint en rien, il me semble, dans son être essentiel. Retourné à sa solitude, il demeurerait dressé sur un promontoire, le témoin de notre grandeur passée et de notre misère présente*."


Oui, j'ai succombé, largement à cause d'une méchante femme, mais ne suis atteint en rien. Comme le reste du monde, les Françaises et les Français voient aujourd’hui en moi la statue de leur Commandeur solitaire ; mieux encore : le fils de chair et de sang qui leur est envoyé du Ciel par le Général, dont ces mots de l’auteur de Préséances, on l’aura compris, brossaient il y a un demi-siècle le sublime portrait. Alors je leur dis, je vous dis, mes Chers Compatriotes : "N’ayez pas peur ! Au nom du Père, je ne me déroberai pas à la Résurrection ! Je viendrai vers vous, si seulement vous m'aidez à descendre enfin de ce maudit promontoire provincial qui est ma croix !"


Je ne me réjouis pas à ce stade, il va sans dire, des revers cruels que doit subir ces jours-ci un Razibus rapetissé, abattu, que j'encourage à lire attentivement son horoscope, plutôt que l’œuvre absconse de Marcel Proust qu’on aurait aperçue, dit-on, sur sa table de nuit, près d'une Rolex. Avis de grosse tempête, mauvais temps pour les Verseau ! Qui dira au petit Tom que sa recherche est vaine – hélas ! – puisque le temps perdu en politique ne se rattrape pas ? Au moins peut-il se réchauffer le cœur à l’idée que moi, j’imposerai majestueusement demain à l’Amérique et à la Chine, comme l’aurait fait le Général, ce qui lui a été injustement refusé hier à Copenhague. Je m'engage en effet, devant vous, à venger notre nain diminué de cette insupportable humiliation ! Ce n'est pas là un vœu de saison mais bien une décision irrévocable pour la France !


Françaises, Français, mes Chers Compatriotes, je me souhaite avec vous une année de réchauffement politique. Et je vous crie ici ce soir avec force et solennité, comme le Père jadis à mon cher et vieux Québec : "Vive la planète libre** ! Vive la République durable et Vive la France !"

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* Le Figaro littéraire, 5 juillet 1958.

** Libre de dioxyde de carbone et de Rikiki-me-pompe-l'air !

jeudi 24 décembre 2009

Le Chat et le Bœuf

Un nombre croissant de commentateurs, on l’aura remarqué, s’entendent à me dépeindre aujourd’hui comme un sage. Qu’on veuille donc bien me pardonner, en ce dernier jour de l’Avent, de me laisser aller à deviser sagement sur la sagesse. S’il s’agit indéniablement d’une qualité qu’on acquiert avec l’âge, je n'en fais pas moins mienne cette maxime de La Rochefoucaud selon quoi, de mémoire, "qui vit sans folie n’est pas si sage qu’on croit". Au risque de provoquer mes rares ennemis, je revendique en effet la folie des grandeurs, qu’illustreront demain un pont pharaonique et un stade digne de la Rome antique, capables d’accueillir l’un et l’autre des dizaines de milliers d’administrés en liesse ou en transit. C’est qu’il n’est point de grand sage sans défis à sa démesure, n'en déplaise aux culs pincés de Grenelle ou de Copenhague ! Je suis à la lettre un maire édifiant, qu'on se le dise !


N’est-ce point La Bruyère, homme de caractère comme moi, qui affirmait joliment que "le sage guérit de l’ambition par l’ambition même" ? J’acquiesce et suis tenté d’ajouter : "et réciproquement". S’il arrive communément à la sagesse de n’être qu'un nom respectable donné à l’impuissance, l’artiste martial - être d’exception, partout maître de soi - sait tirer patiemment de sa faiblesse l’indispensable énergie du pouvoir. On ne guérit pas plus de l’ambition que de l’incontinence, voyez-vous, on s'efforce avec l'âge de maîtriser dignement ses besoins les plus pressants. Tenez, croira-t-on que le plus grand sage que j’aie connu était un vieux chat. Renonçant aux plaisirs de la chasse, ce las prédateur avait compris par la longue observation de ses proies volatiles qu’elles pouvaient lui tomber dans la gueule comme un camembert dans celle d’un renard. Posté près d’une porte généreusement vitrée, il attendait ainsi que les oiseaux s’estourbissent contre un carreau en plein vol et tombassent à ses pieds. Je pense avoir retenu sa leçon, dont La Fontaine eût à n'en pas douter fait une fable.


A ceux qui n’auraient pas compris encore, je demande d’observer ce drôle d’oiseau qu’on nomme Razibus. Il s’excite, il volète, il s'agite, court dans tous les sens, jusqu’à se prendre les pieds dans ses propres tapis, comme dans cette stupide histoire d’identité nationale. En bon Raminagrobis, je reste en retrait et ne lui vole surtout pas dans les plumes. J’attends l'œil mi-clos qu’il trébuche et les sondages, si l’on veut bien me permettre cette façon de zeugme, assez pertinente malgré son inélégance à l’oreille. Quand j’ai enfin l’assurance que les Françaises et les Français ne suivent décidément pas leur nain, je n’ai plus qu’à lui donner un coup de patte, sans trop sortir les griffes des coussinets, juste ce qu'il faut. Les micros sont tendus et il me suffit de miauler la désapprobation du sage. Que du bonheur !


De taxe professionnelle en identité nationale, mon numéro est maintenant bien rôdé ; il fait recette avec Rikiki-s’excite. Ne surtout pas en changer ! Demeurer sagement tapi à Colombey entre mes églises ! Si votre tactique marche avec cet oiseau de malheur, me demandera-t-on, pourquoi échoue-t-elle donc avec votre pie voleuse ? Soyons francs : cela demeure pour moi un enrageant mystère. Il faut dire que, fréquentant peu l’Assemblée nationale depuis quelques années, je ne croise jamais cette agaçante agasse. Et puis, me voit-on sérieusement embusqué derrière quelque carreau du palais Bourbon, remuant la queue d'énervement ? Allons, l'oiselle est bien trop maligne pour venir se taper dans une vitre, croyez-moi ! Que fait de toute façon cette étrangère au parlement, à manger sans vergogne le pain des députés de notre ville dont certains sont au chômage ? Il y a là un vrai problème d’identité municipale dont l’opinion publique gagnerait à se saisir de toute urgence !


S’il ne tenait qu’à moi, la péronnelle serait reconduite immédiatement à la frontière de la capitale, et renvoyée par le premier train à l’hôpital ! Plutôt que de parlementer sans relâche et donner son avis sur tout, la bien nommée dame de pique ne serait-elle pas plus utile en effet à vacciner mes administrés à la chaîne, contre cette grippe H1N1 dont certains peut-être, cruellement privés d’injection, vont mourir tragiquement par sa faute ? Hélas, comme je le faisais remarquer hier à quelques journalistes attentifs et bienveillants, les identités aussi parfois sont meurtrières ! J’encourage la squatteuse qui s’est fait mon siège à relire à ce sujet l'excellent Amin Maalouf, autrement plus édifiant que son misérable blogue. Je profite de cette Sainte Nuit pour rappeler chrétiennement à la grenouille du bénitier socialiste local qu’elle n’a toujours pas sa place dans ma crèche et que, moi vivant - je le jure sur la tête de Denise ! - jamais elle ne pourra se faire ici plus grosse que le bœuf !