Candidat à la réputation en 2012

mercredi 25 janvier 2012

L'agaceur


Relu hier soir sur mon iPad un mien billet presque vieux d’un an, intitulé « Des boute-en-train ». Soyons francs : la pensée de me retrouver moi-même dans cette position ingrate ne m’avait pas effleuré l’esprit à l’époque, une carrière brillante ne m’ayant point rompu aux seconds rôles et autres vedettes américaines. Il faut dire que je ne traîne pas non plus derrière moi une réputation de haras qui rit ou de plaisantin ! Cela n’a pas empêché l’un de mes coaches élyséens d’avancer hier soir ce qualificatif, à l’occasion d’une énième répétition du débat télévisé qui confrontera, demain soir, le petit candidat corrézien à la présidentielle au membre le plus éminent du gouvernement de la République.

Ne tournons pas autour du pot : pour emprunter à la langue triviale des cités, mon rôle d’agaceur consiste à exciter la bête pour qu’elle se fasse niquer par Razibus dans l’ébat de l’entre-deux-tours. Mon intervention doit être tout en retenue : j’ai en effet pour consigne impérative de dégainer sans tirer, de sorte que l’animal du Bourget me donne des signes clairs de soumission sans pour autant se laisser prendre. Denise, qui ne manque pas une séance d’entraînement, souffre de ce qu’elle ressent dans sa chair comme une injuste humiliation, convaincue qu’elle est de mon aptitude à remporter en mai le prix du président de la République. Les yeux plantés dans ma cote de popularité, elle me pousse avec énergie à la déclaration de candidature que les Françaises et les Français appellent pudiquement de leurs vœux dans les sondages.

La chère femme a raison sans doute, mais la dissidence n’est hélas pas plus dans mon tempérament que le courage ou l'opportunisme. Le président Rikiki ne l’ignore pas, à qui je viens de rappeler ma loyauté, par un soutien total à sa croisade pour une loi condamnant la négation des génocides, au grand dam de mon intime conviction. Et au risque de devenir moi-même, ce qui n’est pas le moindre paradoxe, la tête de Turc d’Ankara… Mais qu’importe ! Aussi ténu soit-il, il me reste l’espoir fou d’une panne fatale, d’un accident subit, d’un dérapage providentiel qui conduirait le petit Hun déprimé à jeter l’éponge pour ne pas mordre la poussière. C’est à cette seule condition, Dieu m’en soit témoin, qu’on me verra coiffer sur le poteau le cheval du Labour – je veux dire le limousin socialiste à qui je promets son avoinée !

En ces temps d’inquiétude et de morosité dépressive, il n’est pas si désagréable après tout de passer pour le boute-en-train du président. C’était au XVIIIe siècle, me dit-on, le nom donné à un joyeux oiseau chanteur qu’on appelle curieusement aujourd’hui tarin. Drôle de blaire, dirait l'impayable Nadine ! Pour moi qui manque de nez, c’est surtout une aubaine. Depuis le temps que je ne peux pas sentir une certaine agasse, un miracle serait donc encore possible ! Je n’en crains pas moins que cette méchante bestiole retrouve son siège avant son odeur de sainteté, s’il prend à nos électrices et à nos électeurs de renier une seconde fois en juin l’œuvre de ce quinquennat, comme le subodorent de déplaisants sondages.

Si, malgré mes prières souvent réitérées, telle est la volonté de Dieu, de mes électrices et de mes électeurs, je pourrais donc me retrouver en juin sans autre emploi que ma pauvre charge municipale, autant dire au chômage partiel en pleine force de l’âge. Après avoir triomphé sous les projecteurs de l'ONU à New York comme d’autres à Broadway, serai-je bientôt contraint de faire des animations dans des mairies de quartier, comme un has-been du spectacle dans des supérettes de village ? Terrible sensation de boute-en-train de deuxième classe promis à la rouille
d'une friche ferroviaire, abandonné sur une voie de garage…

jeudi 19 janvier 2012

Maison close

Alors qu’elle me servait du thé dans l’intimité de sa jolie maison de Rangoun, confié l’autre jour à mon amie Aung San Suu Kyi mon goût de collectionneur pour les proverbes du monde. Elle m’en a aussitôt offert un de son pays, comme pour l’accrocher à son tour à ma boutonnière : « Tu peux retirer ta jambe, pas la parole qui t’engage ». L’ai resservi au retour à Denise, dont le mollet vagabond semblait squatter mon côté du lit, complice indélicat du décalage horaire pour perturber le repos du globe-trotteur. Sans succès, preuve qu’il arrive à la jambe de l'homme d’être moins prompte au retrait que sa parole ! On raconte que qui perd un membre continue d’en ressentir l'extrémité ; ce n’est pas le cas des engagements pris, qui finissent bien souvent aux oubliettes de la mémoire. Sans démangeaison aucune, j'en porte témoignage. Grâce au ciel, comme l’affirment les Bantous, on court plus vite avec une promesse oubliée que privé d'une jambe ! Les proverbes birmans sont décidément à prendre avec des pincettes...

Ce qui n’était pas le cas ces derniers jours de notre grand Razibus, plutôt nerveux et mal aimable. Une fois n’est pas coutume, j’avoue que ses propos cinglants au journaliste d’une agence de presse à Madrid m’ont profondément choqué. On le sait en effet, je considère qu’en toute circonstance l’homme politique doit mettre un point d’honneur à demeurer avenant, courtois, souriant, à ne jamais laisser percer le mépris, l’agacement ou la haine. Si, grâce à Dieu, on ne m’a jamais vu déroger à ce principe fondamental, je n’en conviens pas moins qu’il était inconvenant qu’un journaliste titillât, par son impertinence, la cicatrice encore vive d'un A dont Rikiki venait d’être amputé, sans anesthésie, par les petits profs de Standard & Poor’s. Pour apaiser la souffrance de notre Tintin national, le bon roi d’Espagne a heureusement pu lui remettre aussitôt l’insigne de l’ordre de la Toison d’or, ersatz de Légion d’honneur chez nos voisins ibères.

A ce propos, reçu ce matin un texto du président dont je suis la doublure pour la présidentielle. Je le livre au lecteur et à la lectrice, dans toute sa fraîcheur originelle : « JC y m’a promis une médaille o si pour toi qd tu sras Pm. On sé marré ! Youpi avec une toison dor? quel a dit Carla, G du mal à limaginer en fauss blonde avec sa pie ! » Je précise que JC n’est assurément pas Notre Seigneur, mais bien Sa Majesté Juan-Carlos, roi d’Espagne, descendant en ligne directe de Louis le Grand. Bien inoffensif, cet humour puéril est au moins la preuve que notre petit homme va mieux, sans doute requinqué par le succès de son sommet social, qui promet de bousculer les sondages. Cela vaut bien une perruque sans doute, n'en faisons pas un fromage !

Je ne voudrais pas terminer sans évoquer ma bonne ville, qu’on m’accuse ici ou là de négliger dans des billets trop parisiens. Soyons francs : après la maison du vélo, je ne suis pas peu fier du triomphe de notre belle maison écocitoyenne, dont la réputation a déjà dépassé nos frontières, et suscité bien sûr des jalousies mais aussi des vocations ! On m'apprend ainsi que, grâce à l’imagination généreuse de mes administrées et de mes administrés, ce concept génial va se décliner samedi dans nos murs avec l’ouverture d’une « maison de l’identité », dont il faudra que je touche un mot à mon collègue de l’intérieur. Je subodore qu’on montrera dans cette « Échoppe »
tel est son nom les identités remarquables de notre métropole, toute la richesse de sa diversité ! Qu’il me soit donc permis de dénoncer ici les habituels grincheux qui, repliés sur eux-mêmes, ont prévu de manifester hargneusement le même jour contre cette ouverture de bon éloi – je veux dire de bon aloi ! Eh bien qu'ils boudent, qu'ils grognent, qu'ils fassent bloc, qu'ils protestent dans leur coin ! Tous les enfants prodigues finissent par rentrer un jour à la maison. Fût-elle close.

jeudi 12 janvier 2012

Il suffit !

Après plusieurs jours d’hésitation, c’est avec beaucoup de réticence que j’évoquerai ici les échéances électorales que doit affronter notre pays dans à peine plus de trois mois. Non seulement parce que ce blogue est un lieu d’échange dont l’œcuménisme est le crédo, mais aussi eu égard au devoir absolu de réserve qui s’impose à un ministre d’Etat de la République, à l’approche des scrutins présidentiel et législatif. Lors de mes nombreux déplacements dans le monde, m'imagine-t-on en effet souillant la parole de la Nation de considérations déplacées sur tel ou tel candidat à la magistrature suprême ? Me voit-on commenter à Rome ou à Tripoli l’indigence de ses idées ou la vacuité de son programme ?  Ce serait tout simplement indigne de l’enseignement du Général, indigne de la République, indigne de la France !

Au nom de mon honneur, de ma charge et de mon destin, je ne transigerai donc jamais avec ce principe républicain : un ministre ne parle pas de politique intérieure à l'étranger ! S’il est hors de question que je m’abaisse à pareille vilénie, à pareille lâcheté, il ne me semble pas moins nécessaire en revanche de les dénoncer avec force chez autrui, comme je le ferais pour moi-même. Je pointe là, on l’aura compris, ces adversaires odieux et irresponsables, ces aboyeurs médiatiques qui, pressés d’en découdre, profitent sans vergogne du silence à quoi le président et moi ne saurions déroger pour se répandre en propos assassins, en attaques grossières, en libelles outrageants, à seule fin de prédire ou d'accréditer l’apocalypse que serait notre confirmation aux affaires ! Bien sûr, colonnes, plateaux, micros que nous repoussons de la main par déontologie sont libéralement tendus, offerts comme des cuvettes aux vomissures glaireuses et nauséabondes de nos adversaires les plus vulgaires ! Ils nous éreintent, ils nous étrillent, ils nous caricaturent, ils falsifient nos chiffres et dénigrent sans scrupules nos projets !

Alors je lance un cri, ou plutôt un coup de poing sur la table : il suffit ! En plein accord avec le président Razibus, je suis prêt à saisir le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pour un ferme rappel à la loi des médias, qui servent la soupe aux députés sortants et autres camelots excités de l’opposition, alors même que le président de la République et ses ministres, lèvres scellées, s’occupent à serrer des louches, dans l’indifférence générale des vœux officiels du Nouvel an. J’exige par ailleurs de la Commission Nationale des Comptes de Campagne qu’elle intègre, dans la comptabilité des candidats à la présidentielle et aux législatives, toutes les galettes républicaines dont se goinfrent les électrices et les électeurs de gauche aux frais du contribuable !  Que ne met-on fin à cette interminable Épiphanie socialiste, alors même que la campagne officielle n’est point encore ouverte ! A défaut de pain, rendons ses fèves, ses couronnes et sa brioche au peuple de France !

A ce propos, ma collègue responsable de l’Apprentissage au gouvernement s’étant désistée au motif d’un cours du soir d’orthographe et de conjugaison, c’est moi qui la remplacerai aujourd’hui en quinze dans l’émission « Des paroles et des actes » de France 2, où sera donné au candidat socialiste l’honneur immérité de débattre avec ma personne. Les yeux dans les yeux, s’il ose les lever vers moi, je lui notifierai ma détermination de jouer à armes égales, pour en finir avec le mensonge et l’affabulation, l’utilisation éhontée de mandats à des fins partisanes ! C’est Gambetta, je crois, qui remarquait que « pour gouverner les Français, il faut des paroles violentes et des actes modérés ». Retardant de près d’un siècle et demi, l’opposition socialiste s’accroche toujours sans modération à cette figure surannée de la IIIe République, au risque de pousser la France au fond du précipice !

Mes Chères Compatriotes, Mes Chers Compatriotes, je sais que ce pauvre Gambetta n’est plus pour vous qu’une place, une avenue ou un arrêt d’autobus, en rien une référence ou un guide ! Qui, à part moi, se souvient du reste qu’il a aussi écrit quelque part que « l’avenir n’est interdit à personne » ? Soyons francs, force est de lui crier, de lui hurler aujourd’hui, par-dessus le XXe siècle : « sauf aux socialistes ! ». Ensemble, croyons aux forces de l’esprit du Rikikisme, pour qu'enfin vive la République et vive la France !


dimanche 1 janvier 2012

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Au lever ce matin, rasséréné de trouver sur mon blogue, dans mes comptes twitter et facebook, dans mes courriels et mes SMS, des centaines de messages de vœux chaleureux à quoi je ne puis hélas répondre individuellement, en raison d’un agenda extrêmement chargé. Très sensible à ces manifestions spontanées, je tiens néanmoins à m’associer ici à chacun et chacune de leurs auteurs pour me souhaiter avec eux, du fond du cœur, une bonne et heureuse année 2012 au service de la France, de l’Europe et du monde ! En toute humilité, à la place que Dieu m’aura assignée au printemps, en guidant la main des Françaises et des Français dans ses confessionnaux républicains.

Pourquoi rasséréné, me demandera-t-on ? Parce que Benoist m’est Apparu cette nuit dans un rêve, peu après ma première prière de l’année, au coucher du Nouvel an. Benoist, le saint-patron de la chrétienté occidentale, père de la Règle d’Or qui s’imposa jadis à l’Europe monastique dont Razibus, enfant de chœur scrupuleux de la chancelière, agite toujours pieusement l’encensoir ! Nimbé de lumière céleste, un genou à terre, le premier des Bénédictins s’est étrangement adressé à moi dans une chapelle, à la manière d'un fils respectueux : « Alain, mon père, Tiens-toi prêt ! Tels ces vieux prêtres de ton siècle accablés de plus de paroisses que de paroissiens, Dieu te voit croulant, à l’âge de la retraite, sous le fardeau de la ville et du monde ! »

Après un silence inspiré, le messager de mon rêve ajouta d’une voix douce mais ferme : « Soucieux de mobiliser ton esprit d’Eloi au secours de Sa Création, le Seigneur m’ordonne de te décharger bientôt du boulet municipal qui freine ton élévation ; son Vœu doit s’accomplir : j’y suis résolu, ne te dérobe pas ! » L’auréole du saint s’éteignit doucement après qu’il m’eut béni de deux doigts à la manière orthodoxe, et je me réveillai aussitôt en âge – je veux dire en nage –, aveuglé par la nuit noire de Saint-Sylvestre.

Mal me prit de secouer Denise pour lui narrer mon incroyable songe au retour de la salle de bain. « Après le lassant feuilleton des prothèses mammaires à la télé, est-il vraiment indispensable de démarrer l’année avec tes histoires de saints, me renvoya-t-elle ! Dors et laisse-moi en paix ! » Avoue avoir suivi son conseil et m'être abandonné sans protester aux bras de Morphée, dans l’espoir fou d’une nouvelle visitation, plus éclairante encore… Soyons francs : ce fut en vain. Dieu, que j’eusse aimé pourtant interroger le saint Truchement sur une échéance essentielle où le soutien du Seigneur me sera indispensable ! Je veux parler bien sûr du siège au conclave du Palais Bourbon, qui me fut dérobé il y aura bientôt cinq ans par un oiseau de malheur...

« J’ai un doute, me dit Denise au petit-déjeuner. Benoist n’est-il pas ce saint étrange qui attirait derrière lui tous les oiseaux, dont certains lui mangeaient dans la main ? » Grâce au Ciel, elle confondait mon visiteur nocturne avec saint François, cul et chemise comme on sait avec les pies et autres oiseaux de mauvais augure ! Penser à lui offrir pour son anniversaire une vie des saints en version digitale… Et à faire brûler des cierges à saint Georges, à la Villette, pour qu'il terrasse mon dragon !

samedi 24 décembre 2011

Poubelle la vie !


En cette période de l’Avent où se rappelle à moi chaque année le message social de l’Église, j’ai ressenti hier soir une profonde compassion à la lecture du commentaire d’un pauvre anonyme à mon dernier billet. Dans le style qui est le sien, il revisite le triple P que j’évoquais la semaine dernière, avec la force d’une détonation franche et populaire à quoi j’avoue n’être pas insensible. Loin des turquitudes de l’actualité nationale et internationale, qu’il me permette donc de poursuivre ici en cette veille de Nativité – une fois n’est pas coutume – le dialogue qu’il a bien voulu entamer avec moi depuis sa caravane ou, s'il en a été chassé, son centre d’hébergement d’urgence.

Pour ne pas en altérer la poésie ou en trahir la respiration, vous ne m’en voudrez pas, Cher Ami, de citer in extenso votre poignant message : « Votre triple P, là, m'sieur Youpi, vous croyez pas que c'est plutôt Pauvres, Poubelles et Privilégiés ? Ca sent pas l'hostie comme vous et votre curé au nom de gâteau là que je peux même pas m'en acheter, mais c'est ça la vraie vérité qu'elle est déjà dégradée ! Vos poubelles elles dégueulent et nous hé bé on bouffe leur vomi, c'est comme ça. Joyeux Noël hein ! » Mon premier mouvement, l’avouerai-je, monsieur, a été de vous inviter à ne pas sur-réagir à un propos dont les P semblent vous avoir échappé et la religiosité exaspéré, mais j’ai compris à vous relire la communauté d’esprit qui était au fond la nôtre, dans  une analyse judicieuse des salutaires mutations de notre époque.

Soyons francs : j’ai longtemps tenu pour exhibitionnisme malsain l’étalement de la richesse, n’hésitant pas à démissionner du gouvernement, au prétexte d’un contretemps législatif, quand je n’ai pu supporter davantage ce qu’on nommait à l’époque le bling-blinguisme décomplexé du président Razibus. Ce fut une erreur, je le concède aujourd’hui avec le recul de l’expérience et une pratique assidue de l’examen de conscience. Au nom de quoi, en effet, les riches devraient-ils cacher leur richesse en des temps où la misère, qu’on a connue honteuse, n’hésite plus elle-même à s’exhiber sur les trottoirs, sublimée par l'Arte Povera ? L’hypocrisie, voyez-vous, s’est trop longtemps cachée sous les atours de la retenue ;  je reçois comme une révélation le raccourci fulgurant qui réunit dans votre lumineuse trilogie les pauvres et les privilégiés autour de leur  poubelle de Cocagne !

Oui, sans le théoriser, vous avez compris, monsieur, que la poubelle est aujourd’hui au cœur du lien social ! J’irai même jusqu’à affirmer qu’elle rend d’un coup caduque la social-démocratie, en assurant directement la redistribution entre les riches et les pauvres, sans le truchement douteux d’un Etat injuste, endetté et dispendieux. Prenons l’exemple de la ville que vous habitez, qui semble être celle dont je suis le maire virtuel : on dit qu’elle compte 25% d’habitantes et d’habitants au-dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire (on le remarque moins) 75% de mieux lotis qui déposent plusieurs fois par semaine leur poubelle repue sur le trottoir. Ces « privilégiés », nous apprend une récente enquête, jettent sans y toucher plus de 20 kg de nourriture par an ; mieux encore, 20% de la nourriture servie dans la restauration collective part aux ordures ! Loin d’être du gaspillage, voilà une variante sublime des restos du cœur, en libre-service toute l'année, sans l’humiliation de la mendicité pour le consommateur secondaire, dans les intempéries d’une interminable file d’attente !

Alors réjouissons-nous, mon bien cher frère en Dieu, de la richesse qui s’exhibe et fait la fête, avant de « vomir » dans ses poubelles où vous plongez les bras en plein jour sans vergogne ! Et faisons mieux encore ! Un article lu après dîner m’a en effet convaincu que nous pouvons améliorer la situation, si nous en avons la volonté politique ! La vérité est que, malgré les efforts louables du gouvernement, nous avons encore trop de privilégiés dans ce pays, le point d’équilibre entre la richesse et la pauvreté d’un Etat moderne s’établissant mathématiquement autour de 50%. C'est le niveau que viennent d’atteindre les États-Unis, heureux pays qui continue de montrer la voie au monde développé, dans ce domaine comme dans bien d’autres. Si la France n’atteint pas à son tour rapidement cet équilibre, croyez-moi, nous serons faits comme des rats ! N’eussent été vos trois P égrenés comme un chapelet hier soir dans mes prières, mon pauvre Ami, Dieu m’aurait-il éclairé de sa Lumière ? En vérité, c'est Lui qui vous a tenu la main pour m’adresser Son lumineux commentaire ! Grâce Lui en soit rendue, comme à vous qui fûtes sur Internet mon ange Gabriel !

P.S. Réveillé par les éboueurs, trouvé ce matin au lit un superbe slogan de campagne, envoyé immédiatement en texto à Rikiki : « Poubelle la vie ! ». Je ne comprends pas sa réponse au petit-déjeuner : « Super pour se ramasser ! »

dimanche 18 décembre 2011

Le triple P de none


Au sortir de none il y a quelques jours, échange inspiré avec un bon père jésuite qui m’a pris en affection. S’il n’ignore pas que Dieu répugne à tout truchement entre Lui et ma personne, je sens à chaque rencontre que ce vieux prêtre n’est pas pour autant résigné à laisser ma conscience sans direction spirituelle, en des temps où les agences de notation vont de l’avent pour disputer au Seigneur l’exclusivité du Jugement dernier, au nom de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée. Alors que je me relevais difficultueusement d’un prie-Dieu pour soulager mes articulations, le compagnon de Jésus m’interpella d’une voix douce en ces termes : « Mon fils, quelles que soient les dégradations à quoi vous expose le Malin, demeurez en toute circonstance fidèle au triple P de votre baptême ! » Balayant l’air d’un ample signe de croix en direction de mon visage, il précisa avec un sourire en coin : « Pensée, prière et pardon ! », à la manière d’un médecin qui, plutôt que de me prescrire des potions inutiles, m’eût rappelé la règle d’or d’une vie saine pour la carcasse humaine.

Bien qu’au fil du temps je ressentisse de plus en plus intensément en moi la présence continuelle de Dieu, mon cœur fut touché par la plosive harmonie de ces trois P discrets dans le recueillement matinal de la petite chapelle : en conférant à ma devise une odeur de sainteté, le bon père montrait sa faculté de lire en moi comme dans le Livre. Oui, retenu dans la capitale, je demeure intensément par la pensée auprès de mes administrées et de mes administrés, tout particulièrement avec celles et ceux d'entre eux qui sont en souffrance. Mes pensées vont ainsi à l’homme de la rue qui meurt de soif ou de froid pendant que sa femme accouche dans le caniveau. Je suis évidemment avec les sans-papiers pour envelopper par la pensée leurs cadeaux de Noël. Et bien sûr je souffre par la pensée avec les sans-abri libyens dont la maison a été bombardée, la femme violée et les enfants tués pour les libérer du tyran sanguinaire !

Si d’aventure ils fréquentent ce blogue, qu’ils sachent et répètent tous et toutes alentour que Denise et moi les accompagnons aussi par la prière. Dieu m’est en effet témoin que je prie régulièrement Benoît-Joseph Labre, saint patron des sans-abri, des pauvres et des exclus, saint Sébastien, patron fléché des soldats et des victimes de guerre, et aussi Gianna Beretta Molla, non point libraire mais patronne des victimes d’agression sexuelle et des maires en difficulté – pardon, je veux dire des mères en détresse, et tout le saint-frusquin. Au gré de stations souvent douloureuses, un long chemin de croix politique m’a appris que la pensée et la prière sont souvent plus aptes à soulager la conscience humaine que les arrêtés et les lois, même si elles viennent hélas aussi rarement que ces derniers à bout des malheurs et des turpitudes de notre espèce.

Troisième élément enfin de ma trinité mentale : le pardon. Soyons francs : il n’est pas facile à accorder pour qui tient comme moi le péché en horreur ! Mais tout bon chrétien sait du Père qu’il ne sera lui-même pardonné que s’il pardonne à ceux qui l’ont offensé. Depuis ma plus tendre enfance, la récitation quotidienne du Pater Noster me protège entre autres des péchés d’orgueil et de vengeance, pour l’amour de mon prochain. Et même de ma prochaine, s’il s’agit de la petite femme dépitée qui s’accroche à mon siège de l’Assemblée, en totale infraction aux Dix Commandements du Livre, au motif fallacieux qu’on ne saurait interdire à une pie de voler. Mon pardon, mes pensées et mes prières lui sont en effet acquis, je l'assure, si elle fait acte de contrition et s’engage à renoncer l'an prochain au fruit à maire de son larcin.

Mais Dieu, que ce triple P de none a pris une résonance particulière jeudi dans mon cœur ! Pensée, prière et pardon ont submergé d’un coup mon âme quand une terrible dépêche a annoncé, tel un glas, la condamnation de l’ancien président de la République à deux ans de prison, avec sursis ! Quelle douleur que ce jugement ! Quelle tristesse ! Quelle injustice ! Quelle cruauté aussi que cette photo d'archives en noir et blanc qui me montre assis à la gauche du père en politique, exhibé non comme un fils mais en joyeux complice ! Je pardonne bien sûr à cette presse ingrate comme j’ai pardonné il y a longtemps aux juges, mes pensées et mes prières étant tendues aujourd’hui vers le grand homme dont je fus l'adjoint puis le plus brillant Premier ministre. Au nom de ma foi et de mon affection, je demande aux chrétiennes et aux chrétiens d’accorder ici et maintenant à cet homme blessé et malade le pardon qu’ils ne m'ont pas marchandé naguère en pareille circonstance ! Qu’ils l’offrent aussi à ses juges qui, pressés par leur soif de vengeance, n’ont pas même pris la précaution de demander aux médecins l'échéance du divin sursis accordé ici-bas à l’illustre condamné ! Puisse la justice de Dieu priver pour l’éternité celle des hommes de l’exécution d’une trop longue peine, fût-elle aussi fictive que les emplois qui l'ont motivée ! Jésus lui-même après tout, bien que Saint d’Esprit, n’est pas resté cloué deux ans en sursis sur sa Croix !

samedi 10 décembre 2011

La mort de Gulliver


Réveillés ce matin par le téléphone, à une heure où le jour paresseux n’avait point encore décidé de se lever sur la Seine. Évidemment une amie insomniaque de Denise, pressée de rapporter sa téméraire incursion, hier soir, dans un centre social et culturel de la ville, comme s’il se fût agi d’une périlleuse expédition chez les Indiens jivaros (comparaison injuste, j’en conviens, pour une pintade dont la tête est impropre à la réduction) ! L’objet de cette aventure dans un lieu de misère ? La rencontre d’un ferrailleur aux prétentions d’artiste, venu deviser sur l’art avec trois ou quatre pelés, érigés en université populaire comme on le dit des tribunaux. Qu’on ne se méprenne pas : je ne rapporte pas cette anecdote dénuée d'intérêt pour égarer dans la ferronnerie les vrais amateurs d’art, mais parce qu’y fut évoqué Gulliver que l’artiste auto-proclamé aurait « sculpté » au chalumeau pour la mairie, avant que je ne le dessoudasse paraît-il, tel un assassin jaloux de sa hauteur.

L’auteur justement de ce gigantesque homme de fer – qu’il me pardonne d’avoir égaré son nom – ignore sans doute que je tiens Jonathan Swift pour le plus grand philosophe de tous les temps, dont mes exégètes des siècles à venir ne manqueront pas de pointer la filiation, dans une œuvre littéraire que mes détracteurs tiennent à tort pour queues de cerises. A ces derniers, infatigables Lilliputiens, je me contenterai de répondre de haut avec mon maître que, « quand un vrai génie paraît dans le monde, on le distingue à cette marque : tous les sots se soulèvent contre lui. » Grâce au Ciel et à quelques juges, si j'ai à les subir, je ne serai jamais garde des sots !

Soyons francs : dans tout ce qu’il entreprend, un homme de ma dimension a toujours l’impression d’être un marin géant échoué à Lilliput ! Je ne fais pas là allusion à l’un des plus grands chefs d’État que nous ait donné la France, non plus qu’à un brillant économiste rentré la queue entre les jambes de Washington, mais bien aux Françaises et aux Français occupés à leur fourmilière ! Il me plaît aussi parfois de penser que c’est par prémonition de mon avènement que Swift a confronté son héros à une guerre entre Lilliput et Blefuscu, île voisine, pour régler un grave différend sur le bout par quoi doivent être ouverts les œufs à la coque ! Vaste problème... Inutile de préciser que, eussé-je été Gulliver, j’aurais bien sûr pris le parti de l’œuf dur, contre Gros-boutistes et Petit-boutistes abandonnés à leurs dérisoires mouillettes !

A ce propos, sait-on que Swift avait aussi trouvé l’inspiration de son chef-d’œuvre dans une sienne mésaventure causée par le krach de 1720, lorsque la spéculation avait multiplié par près de dix la valeur d’actions imprudemment acquises, avant qu’elles ne se réduisissent en quelques jours à peau de chagrin ? On voit là que le XXIe siècle n’a pas inventé la crise, même si lui manque encore le génie littéraire capable de mettre en scène, pour la postérité, l’histoire d’un président sortant l’Europe de la crise sans bouger les pieds de sa chancelière. Attendons le dénouement de cette incroyable aventure, pour découvrir en mai, au dernier épisode, si le gigantesque Rikiki a bien trouvé un navire pour le ramener sans naufrage électoral de Lilliput à l’Elysée.

Quid de l’œuvre inoubliable du ferronnier qui m’a conduit dans les pas de Gulliver, me demande Denise ? Hélas, je dois avouer ne l’avoir jamais vue, puisqu’elle s’est curieusement dérobée à mon regard le jour même de son inauguration ! Gisant désarticulé au fond de quelque immense caveau de béton à sa mesure, dort-elle d’un sommeil inquiet dans l’attente d’un baiser de prince charmant ? Je ne saurais le dire. Si elle a néanmoins une quelconque valeur marchande, soyons confiants qu’elle finira par intéresser le marché. Comme aurait en effet dit Clemenceau, l’art, il y a des maisons pour ça ! Du moins tant que les socialistes, malgré leur légendaire bordélisme, ne s’aviseront pas pour l'interdire de l’élever au rang de prostitution...