Il n’est pas mauvais, en effet, que les Françaises et les Français me voient de nouveau aux affaires – disons plutôt "à l’œuvre", en ces temps sémantiquement très susceptibles –, pour décider en conscience de qui aura la charge de diriger notre pays jusqu’en 2017. "Et plus si affinités", me souffle la future première dame de France, en me caressant doucement le crâne avec son Nouvel Obs.
jeudi 8 juillet 2010
Vite !
J’ai récemment évoqué ailleurs mon peu de goût pour les réactions à chaud, au point d’exaspérer souvent par l’excès du recul et la lenteur de la réflexion. Je l’avoue, il ne m’aura pas fallu moins de trois ans pour trancher, en mon for intérieur, sur le cumul des fonctions de ministre du budget et de trésorier du parti au pouvoir. C'est que l'incompatibilité n’est pas visible à l’œil nu pour un expert, croyez-moi, même avec des demi-lunes ! Solidement épaulé par un brillant "réservoir de penseurs", je suis cependant en mesure d’affirmer aujourd’hui, sans le moindre doute, qu’elle est parfaitement incontestable, comme l’avaient prématurément claironné dès l’origine les socialistes, en des temps où leur volonté de nuire les privait déjà naturellement de toute crédibilité dans l’opinion, à leur habitude.
Je bats exagérément ma coulpe, pensez-vous ? Non, il n’est pour vous détromper que d'écouter tel ancien Premier ministre avisé, que Rikiki rêve toujours de voir enfin condamné à vivre à son crochet. Cet homme de vieille noblesse me connaît bien pour m’avoir servi jadis au Quai, sans parler d'une certaine dissolution. Dans une sienne petite phrase, aimablement mise en exergue des pages locales de notre bon quotidien régional, ne disait-il pas récemment de moi, avec une touchante indulgence : "Il fait toujours les choses avec un peu de retard mais c’est bien quand même" ? Que voulez-vous, élevé en plein air sous le soleil de plomb des Landes, j’ai gardé la lenteur prudente du paysan pris dans le cycle des saisons. "Je n’ai pas changé", comme le chantait Julio Iglesias, avec qui j'aurais un air de ressemblance, s’il faut en croire un Pétersbourgeois physionomiste en mal d'autographe.
Plus sérieusement, vient un moment où il n’est plus possible de se taire, sauf à accepter une totale déconnexion de l’actualité. Que mon ami Eric me permette donc de lui redire ici et maintenant, avec vous, ma confiance sans réserve, mon admiration intacte, ma tendre et fidèle affection. Il sait que j’ai connu comme lui le Chemin de Croix, les crachats, la réforme des retraites, la couronne d’épines, la flagellation, les quolibets. Oui, maire intègre et dévoué, très apprécié comme moi de ses administrés et de ses administrées, ministre exceptionnel à mon instar, notre excellent trésorier fait preuve jusque dans l'adversité d’une capacité d’encaissement remarquable. Est-ce là une raison pour le faire payer, lui et pas un autre ?
Non, décidément non. Je m’en remets personnellement à la sagesse de deux vénérables octogénaires éclairés par Vauban (dont j'ai un vrai faux-air, déperruqué), pour crier avec eux à ma pie voleuse et à ses consorts : "Halte au feu !" Ayant parcouru hier soir au lit sur Internet des extraits de La Dîme royale, ouvrage visionnaire du mentor de nos deux figures de proue de la République œcuménique, Denise m’en a égrené ce matin au petit déjeuner quelques belles citations. J’en retiens une, un peu absconse, que je refuse d’interpréter comme une quelconque prophétie : "De quelque façon qu’on prenne la chose, il est certain qu’il aura toujours bien de la peine à attraper le bout de son année." Qui ? Erikiki ? Pardon, je veux dire "Rikiki ?" Fusible toujours en première ligne, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même, sauf à se voiler encore la face !
Soyons francs : il n’a plus d’autre option aujourd’hui que la démission de son gouvernement, dont le chef trouverait mieux pointure à son pied à la mairie de Paris qu'à Matignon. Entre moi, j’y réfléchis depuis trois ans et c’est la conclusion à quoi je suis laborieusement parvenu, tant on voit bien que ma propre démission n’a rien réglé des problèmes de la France, bien au contraire. Oui, il est grand temps que, de toute urgence, au moment que le Président jugera opportun dans les jours qui viennent, il soit procédé au profond remaniement à quoi aspirent nos concitoyennes et nos concitoyens. Premier ministre expérimenté rompu à la tourmente, droit dans mes bottes sur la question des retraites, fort de quinze années d’un dialogue exemplaire salué par l’opposition municipale, je suis prêt à faire don de ma personne à Razibus, pour conduire un gouvernement resserré et rasséréné vers la victoire en 2012.
Il n’est pas mauvais, en effet, que les Françaises et les Français me voient de nouveau aux affaires – disons plutôt "à l’œuvre", en ces temps sémantiquement très susceptibles –, pour décider en conscience de qui aura la charge de diriger notre pays jusqu’en 2017. "Et plus si affinités", me souffle la future première dame de France, en me caressant doucement le crâne avec son Nouvel Obs.
Il n’est pas mauvais, en effet, que les Françaises et les Français me voient de nouveau aux affaires – disons plutôt "à l’œuvre", en ces temps sémantiquement très susceptibles –, pour décider en conscience de qui aura la charge de diriger notre pays jusqu’en 2017. "Et plus si affinités", me souffle la future première dame de France, en me caressant doucement le crâne avec son Nouvel Obs.
lundi 28 juin 2010
Le fou du roi
Au petit déjeuner, dans son palace cinq étoiles, le maire d’une capitale francophone d’Amérique du Nord m’a demandé samedi pourquoi Denise, que j’appelle Nisa dans l’intimité, n’apparaît plus jamais sous cet affectueux diminutif dans mes billets. Sincèrement, il aura fallu qu’un ami traversât l’Atlantique pour que j’en prisse moi-même conscience. N’y voyons que cette pudeur maladive qui, tel un corset d’un autre âge, contraint chez moi une âme excessivement sentimentale, pour ne montrer jamais au monde que les rictus d’une atroce douleur, imputable aux baleines et aux lacets.
Nisa, belle Nisa, le Québec m’avait libéré, vois-tu ! Loin des turpitudes nationales, nous y étions heureux comme les Hugo à Guernesey ou les de Gaulle à Londres. Qui sait, peut-être la légende des siècles à venir retiendra-t-elle que l’exil de la Belle Province m’a inspiré les plus belles pages de mes Cerises, dans quoi on consacrera mes Châtiments ou mes Contemplations, voire mes Mémoires de (na)guère ? Mais vous, chers Québécois, sachez que j’ai le mal de vous, qui serez toujours dans mon cœur Les Travailleurs de l’Amer.
Refermons cette parenthèse privée, ouverte à son insu par mon vieil ami canadien avec qui nous venons de fêter le vin, délieur de langues depuis la plus haute Antiquité. Et revenons aux hauts et bas de l’actualité de ces derniers jours ; tout d’abord avec, en pleine page dans notre quotidien régional, l’Annonciation de ma candidature naturelle aux législatives de 2012, reprise par toutes les agences de presse internationales. Je suis homme de parole : conformément à mon engagement électoral, cette restauration symbolique me permettra enfin de me consacrer totalement à mes administrées et à mes administrés, qui bénéficieront de surcroît de la gratuité de mes déplacements dans la capitale, désormais à la charge de l’Assemblée nationale.
Il va sans dire que, enfin rétabli dans mes droits de législateur, c’est bien volontiers que je renoncerai à ma modeste pension de retraite parlementaire, plantée comme une arête dans le gosier de ma pie-grièche. Soyons francs : puisque, contrairement à la règle que je me suis fixée, j’évoque par exception cet oiseau nuisible, je veux dire ici mon agacement qu’une page de notre quotidien régional lui ait été complaisamment consacrée cinq jours après la mienne, avec une énorme photo en couleur alors que je n’avais eu droit qu’au noir et blanc. De qui se moque-t-on ? Qu’avons-nous à faire des aigreurs de cette harpie qui ose se prendre pour moi ? Jusques à célébrer impunément chaque année l’anniversaire de son larcin comme un fait d’armes ! Croyez-moi, la justice serait bien inspirée de s’intéresser à cette chapardeuse, plutôt qu’à une pauvre octogénaire helvétophile. On dit que cette vieille femme très généreuse, qui refuse de régler bassement ses comptes comme notre agasse, possèderait une petite île dans l’océan Indien. Si, en contravention aux règles élémentaires du savoir-vivre, il venait à l’esprit du fisc de faire main basse sur ces deux ou trois cocotiers, je pourrais demander au petit roitelet d’y exiler mon usurpatrice, en prenant bien soin de lui couper une aile.
A propos de roitelet, j’ai eu vendredi les honneurs de France Inter dans l’une de ses émissions phares, en direct de notre grand théâtre. Denise, dont on connaît la propension à la taquinerie, me dit que j’avais l’air aussi à l’aise dans Le fou du roi qu’un fou de Bassan à la Communion de Saint-Eloi. Croit-elle vraiment que Morus bassanus refuserait la Sainte Hostie avec le dédain du héron de La Fontaine ? Allons, il mettrait comme moi sa pudeur dans sa poche, camouflé derrière son nom latin. Oui, telle une fille de joie, j’ai serré les dents et feint le plaisir à l’évocation railleuse d’une ministre de Rikiki logeant sa famille dans un appartement de fonction. Je n’allais tout de même pas couper le micro de cet humoriste, comme si nous étions à la mairie ! Ou bien pleurer son limogeage, alors que j'ai moi-même dû "démissionner" naguère sans même m’être vertement attaqué, comme lui, au fondement du rikikisme. Je me suis donc fendu d’une éternelle citation de Voltaire, comme dans un grand oral de Science Po ou de l’ENA : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire." Sauf en conseil municipal, évidemment.
mercredi 16 juin 2010
Les voix du Seigneur
En plein désarroi, dans un récent billet, je caressais vaguement l’idée de rejoindre un parti chrétien-démocrate. A la faveur d’une navrante actualité, me revient aujourd’hui qu’il en est un tout près, dans l’orbite du grand mouvement populaire dont je suis le père incontesté. Je confesse (mon Dieu ! Ce vilain mot de dessous la ceinture ne condamne-t-il pas à soi seul la langue vulgaire !) qu’il m’était totalement sorti de l’esprit ! Je veux parler de la formation confidentielle d’une pieuse femme, consulteur du conseil pontifical pour la famille à la curie romaine, et aussi éphémère collègue de second rang dans le premier gouvernement de Rikiki. Au logement peut-être, à moins qu’il ne s’agît de la ville ; c’est déjà si loin…
Soyons francs : l’affaire qui met cette Christine sous le feu d’enfer des projecteurs me révulse. Comment, tenant son chapelet d’une main, peut-on contrevenir aussi cupidement de l’autre au message social de l'Église ? Auri sacra fames ! Une femme qui accepte d’être payée pour un rapport, cela porte un nom, que diable ! Qu’on ne compte pas sur moi pour l’écrire ici, même si celle-là fut à sa manière députée ! Feignant de me rappeler que "droit" se dit "jus" en latin, un éminent éligien raillait hier devant moi la pécheresse : "Souvenez-vous des versets de Jean et de Matthieu contre la cupidité ! Devons-nous demeurer les bras ballants, monsieur le maire, quand le droit canon menace de tourner en jus de Boutin !"
Certes, il faut bien avouer que cette missionnaire est dans une position délicate. Cela dit, où Razibus avait-il donc la tête quand il lui a confié de réfléchir aux conséquences sociales de la mondialisation, pour éclairer le prochain G20 dont il prétend être le chef d’orchestre, tel Louis de Funès dans La Grande Vadrouille ? Franchement, autant me demander à moi de lui recoudre un bouton ! Chacun à sa place selon ses compétences, bon sang de bois ! Comme dit Denise, la petite dame est sûrement pour sa part très bonne couturière, mais de là à ravauder un tissu social déchiré par la globalisation, il y a tout de même un pas qu’elle aura du mal à franchir. Et, dans ce domaine, j’ai la faiblesse de me prétendre plus apte à la haute-couture qu’une petite main, fût-elle trempée chaque matin dans un bénitier. Pauvre cousette !
Lâchons-nous. Ce qui me fait vraiment sortir de mes gonds, pour tout dire, c’est cette retraite de députée en sus des gages de missionnaire et de conseillère générale ! En ces temps difficiles où, grâce à une réforme juste et ambitieuse, tel Charles Martel le gouvernement repousse courageusement l’âge de la retraite, il me paraît inadmissible qu’un homme ou une femme politique puisse indécemment cumuler une ou plusieurs pensions de l'État avec divers appointements. Sans être mauvaise langue, cela me rappelle un ancien Premier ministre dont je tairai pudiquement le nom qui, en son temps, prit bien avant soixante ans sa retraite de haut fonctionnaire, qu’il cumule aujourd’hui, m’assure-t-on, avec celle de député et quelques autres émoluments. Parce que la République est un Temple sacré, il faudrait faire "un fouet avec des cordes" et en chasser tous ces politiciens comme Jésus les marchands !
Cela dit, je crois plus à la rémission des péchés qu’à la mission de l’ancienne députée des Yvelines. Qu’elle soit donc pardonnée, comme le fut Marie de Magdala, et sans doute aussi Judas, acheté pour trente deniers ! Battant gracieusement sa coulpe, notre Christine a renoncé dans la foulée à accompagner madame Yade dans le township de Dam Se Bos à Knysna, où elle envisageait opportunément, me rapporte-t-on, d’étudier les méfaits de la mondialisation sur les populations défavorisées d’Afrique du Sud. Qu’elle se rassure : étant destiné au G20, son rapport finira bien de toute façon dans un hôtel cinq étoiles. A la corbeille.
Sur les conseils de Denise, lui ai chrétiennement adressé ce matin un petit mot gentil au dos d’une image pieuse de Saint-Grégoire. J'y évoque le souvenir affectueux de son engagement gouvernemental pour le développement durable (aucun souvenir, à vrai dire, mais j'ai lu cela dans sa biographie, ça ne mange pas de pain). Rendez-vous compte, elle avait tout de même fait 339 112 voix à l’élection présidentielle de 2002 ! Ce n'est pas rien et, entre nous, je pourrais bien en avoir besoin dix ans plus tard.
mercredi 2 juin 2010
Détendu comme un arc
2013-2016. Bravo ! Grâce à ma pugnacité, ce ne sont que trois petites années supplémentaires que devra finalement attendre notre ville pour être consacrée capitale européenne, effaçant ainsi la gifle cuisante d’une poignée de juges iniques chez qui, en 2008, la partialité le disputait à l’incompétence. Soyons clair : c’est bien de culture que je parle ici, le football ayant acquis au XXIe siècle, dans nos cités, un statut culturel jadis dévolu aux arts et à la littérature, qu’il va bientôt du reste remplacer dans nos écoles, si l’on en croit les projets de Razibus pour ne laisser personne sur la touche. Dimension culturelle mais aussi cultuelle, disons-le tout net, tant les vrais dieux du stade courent en short derrière un ballon rond, plutôt que de s’exhiber indécemment dans des calendriers, tels des rugbymen.
Ainsi donc encore une fois, j’ai gagné ! Quelle jouissance ! Nul ne pourra plus désormais contester dans cette métropole l’érection d’un immense complexe culturel durable, où accueillir dignement équipes et supporteurs de l’Euro 2016, qu’il s’agisse des rencontres sur l’herbe ou du repos tarifé nécessaire à ces valeureux guerriers, tireurs de coups francs légendaires. Personnellement, c’est avec gourmandise que j’attends la reddition du grand manitou départemental quand, la tête basse comme un bourgeois de Calais, il me remettra bientôt sur un coussin de velours les clés de son coffre-fort. C’est qu’il va bien falloir qu’il avale la pilule celui-là, même s’il résiste encore avec la détermination d’une marcheuse de rue "Pour la vie", comme nous en avons vu défiler samedi sous nos croisées.
Dimanche, en me claquant la bise au prétexte de la fête des maires, une vieille dame duveteuse, admiratrice de mon prédécesseur au nom de stade, s’inquiétait de savoir ce que j’allais faire de notre antique pelouse art déco des boulevards, qu’elle aurait vu construire et inaugurer en 1938. Quand je l’ai rassurée, prétendant avoir cinq projets sous le coude, elle m’a curieusement répondu : "Eh bé, moi qui croyais que c’était sur le dos !" Que voulait-elle dire ? Le cerveau humain est hélas, avec le temps, aussi poreux que le béton des stades. Le Général avait raison, "la vieillesse est un naufrage !" J’ai continué de serrer des mains, renonçant à présenter à cette mamie confuse le seul projet auquel je tinsse, par fidélité au message social de l’Eglise. Le voici, en toute confidence.
J’ai rappelé dans mon dernier billet le pourcentage impressionnant d’administrés vivant au-dessous du seuil de pauvreté dans cette capitale du Far-West européen. Soyons francs : vingt-cinq pour cent, cela fait déjà du monde ! Je proposerai donc bientôt au conseil municipal de dévoluer en l’état notre vieux stade sans emploi aux chômeurs en fin de droits. Sur simple présentation d’une attestation auprès des services sociaux de la mairie, ils se verront allouer une petite parcelle de terrain, jardinet sympathique où faire pousser leurs légumes et élever quelques lapins et quelques poules.
S’ils le souhaitent, les moins affamés des allocataires auront la possibilité de vendre leurs surplus à la sauvette, sans droit de place ou autre redevance. Les sans-abri seront par ailleurs incités à s’installer durablement sur les gradins couverts, en personnalisant s'il le souhaitent leur espace intime. Il va sans dire que l’accès aux anciennes douches des joueurs leur sera accessible gratuitement une fois par semaine. Denise me suggère de médiatiser cette opération au niveau national, en organisant des visites guidées de ce modèle de reconversion sociale d'un patrimoine municipal, dont ne manqueront pas de s’inspirer d’autres métropoles d’Europe et du monde. Une idée à retenir pour notre prochaine biennale.
On appréciera, je l’espère, ce billet serein, positif et charitable, dont le ton apaisé - j'ai tenu promesse Denise ! - n’est en rien celui d’un homme à bout de nerfs, comme j’ai pu le lire avec stupeur dans notre quotidien local, hélas de plus en plus sous la coupe d’une opposition vipérine. En quoi, franchement, m’ont-ils vu plus agacé que de coutume au conseil de lundi, ces socialistes qui entendaient le transformer en procès de Moscou ? Admettront-ils un jour que je n’aie de comptes à rendre qu’à ma conscience ? Croyez-moi, je n’ai pas dès le premier tour, en 2008, écrasé la liste de Roussy pour être sans arrêt soumis à la question ordinaire de cette inquisition croupion, misérablement relayée par une pie-grièche et revêche qui, cet après-midi même, a eu le toupet de m’attaquer devant les caméras du palais Bourbon, où je n’ai pas mis les pieds depuis trois ans ! C’est tellement plus simple que de m’écrire ou de me dire les choses en face ! Mais je reste calme... Très calme. Non, je ne pèterai pas un câble ! Bon sang de bois, si l’opposition ne me lâche pas les basques, je le jure, je suis prêt à célébrer la prochaine séance du conseil à l’ancienne, le dos tourné à la salle ! Avec mon Gaffiot. Cool, Raoul. Cool.
lundi 24 mai 2010
Pour une tolérance durable
C’est avec émotion et reconnaissance que je tiens à remercier ici les cent cinquante élus, conseillers spéciaux, parents, administrés et représentants des cultes qui m’ont entouré, soutenu et encouragé vendredi, lors de mon grand rassemblement municipal pour la tolérance. Qu’ils me pardonnent de n’avoir pu les saluer individuellement, en raison de leur grand nombre et d’un agenda très serré. Je sais pouvoir maintenant compter sur les fidèles lecteurs de ce blogue pour relayer ces supporteurs et, munis de leur bâton de pèlerin, porter à leur tour la bonne parole dans la ville et dans le monde. Le combat pour la tolérance est engagé : c’est tous ensemble que nous allons le gagner !
Mais soyons clairs : qu’est-ce que tolérer ? On sait ici mon goût pour la mémoire des mots, et ma réputation de donneur de leçons, hérités l’un et l’autre de formations supérieures d’élite à l’enseignement des lettres et à la haute administration. Souffrez que, sans en abuser, je convoque l’étymologie pour éclairer ma démarche œcuménique, sous un angle dont je déplore qu’il ait échappé aux observateurs les plus avertis, dans la presse comme dans les blogues les plus malveillants.
Par "tolerare", les Romains signifiaient "porter, supporter le poids d’un fardeau physique ou moral". C’est bien là le sens de "supporter avec souffrance" qui est passé fidèlement en ancien français. Cette souffrance originelle demeure pour moi intrinsèquement constitutive de la tolérance au XXIe siècle, nonobstant la patience qui s’y est substituée en langue moderne, à quoi ma nature est notoirement rétive. Tolérer, voyez-vous, c’est tout à la fois supporter, et souffrir en silence de supporter jusqu’à l’insupportable.
Homme de tolérance fidèle au message fondamental du latin des moines, croit-on que je n’aie pas souffert dans ma chair et dans mon cœur de dévoluer certain lieu de culte désaffecté à des chrétiens factieux, excommuniés par le Saint-Père ? Oui, je les ai supportés, n’écoutant que mon devoir ! Cela ne signifie en rien que je les aie soutenus, quoi que prétendissent improprement les supporteurs sans vergogne d’une opposition municipale peu scrupuleuse de la langue, qu’elle a très acérée. Oui, ces traditionalistes, je les ai tolérés, tout simplement ! Comme je tolère une pie voleuse dans le siège du parlement historiquement dévolu au maire de cette ville, ni plus ni moins. Quelle est la différence ? Croit-on ma souffrance moins grande ? On n’exhibe pas ses blessures, on les supporte, on les endure. Et puis, n’ai-je pas eu raison avant tout le monde, puisqu’un nouveau pape a décidé de réintégrer nos Eligiennes et nos Eligiens dans le giron de son Eglise ? Tenant à en découdre, me dit-on, mon agaçante agasse s’est arraché une plume pour lui écrire benoîtement, et avoir ma peau au nom de la loi. Peine perdue, le Saint-Père m’a à la bonne, n’ignorant pas ma fidélité au message social de Rome !
A ce propos, soyons francs : je l’ai récemment rappelé, cette ville n’est pas exclusivement dévolue à l’opulente bourgeoisie du bouchon, comme on l’imagine trop facilement dans les favélas de Rio ou les bidonvilles de Jakarta. Derrière notre richesse de façades, la pauvreté s’immisce sournoisement dans des logements humides et insalubres, où vivent nos indigents sans emploi qui ont la chance d’avoir encore un semblant de toit. Bien sûr nous tolérons cette misère inéluctable, dans l’acception latine susmentionnée. Ne sous-estimons donc pas le lot de souffrances morales qu’elle inspire aux âmes sensibles des beaux quartiers, jusqu’au dégoût ! Parce que notre résistance a des limites, je lance aujourd'hui un cri d’alarme ! Plus nos indigents sont nombreux en deçà du seuil de pauvreté, plus nous sommes menacés de basculer nous-mêmes au-delà du seuil de tolérance. Que se passerait-il si nos digues venaient à rompre demain et que bientôt nous ne supportions plus cette misère durable ?
Eh bien, j’ai acquis la certitude que la solution est là encore dans l’innovation ! C’est pourquoi j’ai décidé de créer dans cette ville la première maison de la tolérance durable, comme nous avons construit celle de l’écologie. Plusieurs espaces déclinant les tolérances utiles à une société moderne pourraient y être aménagés, y compris une salle de la tolérance zéro contre la délinquance des pauvres, justement chère au président Rikiki. Denise, que l’idée emballe, me suggère un petit espace dévolu à la tolérance de l’opposition municipale. Soyons clair : je n’en vois pas l’intérêt, cette opposition mesquine et effrontée étant intolérable. Il ne faudrait tout de même pas pousser le bouchon trop loin ! Ne suffit-il pas du reste que ces gens soient déjà tolérés dans la salle du conseil à l’hôtel de ville ? S'il y tient, autant que le public vienne les y voir à l'œil in situ, dans le silence de leur souffrance quand j’ai coupé le courant de leurs micros… Les pauvres, dites-vous ? Oui, précisément, comme EDF avec les pauvres !
samedi 15 mai 2010
Retraite éligienne
Je dois des excuses et quelques explications aux nombreux fidèles de ce blogue qui, depuis quelques jours, s’inquiètent d’un long silence à quoi je ne les ai pas accoutumés. Qu’on me permette de les rassurer, retour d’une retraite bien méritée en Normandie, dans un paisible petit village où le temps était suspendu, jusqu’au cadran de l’église dont les aiguilles, frigorifiées, semblaient refuser l’écoulement factice des heures, lui préférant l’éternité de Dieu, plus propice à l’ascension de l’âme et du corps.
C’est dans cette petite bourgade de Saint-Eloi-de-Fourques que nous avions loué incognito une chambre d’hôte, où nous devions demeurer paisiblement en lectures et en prières jusqu’au week-end ; Mamert, Pancrace et Servais nous en ont finalement chassés, dont le triste mai n’a pu faire fondre les saintes glaces. J’étais parti sans bonnet de laine et, en toute confidence, n’ai jamais supporté la flaccidité froide et humide de la bouillotte à l’aube, sous un édredon trop lourd. Cerise sur le gâteau : nous espérions une messe à la mi-semaine mais, impénétrable, l’église Saint-Eloy a zappé jeudi l’Ascension du Christ en langue vulgaire. Les bras ballants devant son porche, sous un gros if dont la généreuse ramure ne pouvait nous protéger de bourrasques sibériennes, il ne nous restait guère qu’à mettre les voiles. Ce qui fut fait, avec un crochet par Cabourg.
Espionne assidue de ce blogue, je ne doute pas que ma dame de pique s'amuse à persifler sur mes nouveaux déboires avec Eligius, comme le nomment affectueusement nos frères traditionnalistes. Balivernes ! J’ai en fait beaucoup d’affinités avec saint Eloi. Sait-on, par exemple, qu'il était orfèvre en matière de finances, à mon instar ? Il faut dire qu’il avait été à bonne école ; propriétaires de plusieurs domaines, ses parents avaient en effet, dit-on, des intérêts dans quelques mines d’or en Aquitaine. Ce n’était pas l’ENA, certes, mais peut-être à l’occasion une source naturelle de deniers occultes.
Autre ressemblance avec moi, Eloi de Noyon n’était pas homme à s’embarrasser de circonlocutions, si l’on en croit Ouen de Rouen, son saint biographe. Ainsi ne craignait-il pas d’appeler la rigueur par son nom, qu’il revendiquait comme moi jusque dans ses bottes. Soyons francs : nous avons servi l’un et l’autre un roi fainéant, comme l’a rappelé un jour Rikiki sans excès de délicatesse. Eloi fut comme on sait nommé évêque de Noyon après avoir servi Dagobert. Un laïc ne pouvant devenir de nos jours le bon pasteur d’un diocèse, je crains hélas que mes pas ne me conduisent à la papauté républicaine, plutôt qu’à quelque évêché de province. Puisse saint Eloi m’y inspirer demain : ses recettes seront les bienvenues pour redresser les finances d’une France surendettée où, devenus des euros, les écus ne valent plus tripette sur les marchés.
Autre ressemblance avec moi, Eloi de Noyon n’était pas homme à s’embarrasser de circonlocutions, si l’on en croit Ouen de Rouen, son saint biographe. Ainsi ne craignait-il pas d’appeler la rigueur par son nom, qu’il revendiquait comme moi jusque dans ses bottes. Soyons francs : nous avons servi l’un et l’autre un roi fainéant, comme l’a rappelé un jour Rikiki sans excès de délicatesse. Eloi fut comme on sait nommé évêque de Noyon après avoir servi Dagobert. Un laïc ne pouvant devenir de nos jours le bon pasteur d’un diocèse, je crains hélas que mes pas ne me conduisent à la papauté républicaine, plutôt qu’à quelque évêché de province. Puisse saint Eloi m’y inspirer demain : ses recettes seront les bienvenues pour redresser les finances d’une France surendettée où, devenus des euros, les écus ne valent plus tripette sur les marchés.
Puisque j’évoque incidemment le petit Hun, Denise me rapporte que quelques copines du triangle s’émouvraient du soutien enthousiaste que je lui ai récemment apporté, dans une innocente petite vidéo commémorant le troisième anniversaire de son avènement. Je l’y aurais exagérément encensé, en totale contradiction avec mes coups de boutoir à ses réformes de hussard en mars et avril derniers. C’est bien mal comprendre une situation délicate. Qu’on le veuille ou non, Razibus est le chef du parti d’union que j’ai naguère mis au monde et dont j’ai encore besoin. J’étais donc en service commandé, dans un exercice convenu, disons à la manière d’un ouvrier de combinat chimique pour l’anniversaire du conducator, à la belle époque du communisme. Je n’avais pas le choix. On ne gâche pas ce genre de fête, surtout pour s’exposer à de terribles représailles. Il faut savoir lire entre les lignes, voilà tout. Ainsi pourra-t-on vérifier que je n’ai jamais affirmé que Rikiki-de-droit avait réussi cette grosse tranche de quinquennat, mais dit à peu près, de mémoire : "Je crois qu’il a fait avancer les choses", et puis : "Je crois qu’il faut continuer comme ça".
Oui, je crois, non point au sens du credo chrétien mais du doute, de l’incertitude. Je n’affirme rien, tant je puis bien sûr me tromper. "Cuiusvis hominis est errare", comme nous l’a enseigné Cicéron, en des temps où chacun parlait encore latin en sixième et à la messe. Je reconnais facilement mes erreurs, on le sait, ce qui ne signifie pas que je retourne ma veste comme le bon saint Eloi la culotte de son roi. C’est que, de l’avis général, nous avons aujourd’hui sur le trône une majesté plutôt culottée, si vous voyez ce que je veux dire ! Quel autre recours que moi a la France pour éviter la déculottée en 2012 ? L’Europe et le monde comptent sur mon expérience et ma personne. Cela m’oblige, je ne me défilerai pas. Cette fraîche villégiature éligienne a décidément confirmé mon inaptitude à la retraite, sans pour autant me dégoûter de la pension (la table d'hôte était excellente). N'ayez pas peur : jamais je ne tournerai le dos à mes fidèles !
vendredi 30 avril 2010
Burqasino
Ma pie voleuse voletant ailleurs en ce printemps, je voudrais profiter de la morosité de l’actualité pour évoquer aujourd’hui la mémoire de Bruno Coquatrix, Lion comme moi dont la France fêtera, le 5 août, le centenaire de la naissance. Homme d’affaires et de music-hall qui nous a laissé des chansons célèbres, on se souvient peut-être moins que le patron de l’Olympia fut aussi un homme politique de droite, que la mort emporta hélas à la fleur de l’âge en 1979, alors que son profil show-biz eût pu à une autre époque le conduire à la magistrature suprême. Qu’il me fasse, depuis sa paisible retraite du Père-Lachaise, l’honneur d’être le fil rouge de ce modeste billet.
Ville de casino comme la nôtre, dont il fut le glorieux maire de 1970 à sa mort, Cabourg ne manquera pas de rendre elle-même à Bruno Coquatrix un émouvant hommage cet été. Je salue au passage la vaillante équipe de football de l’A.S. Cabourg qui, en première division du Calvados, affrontera demain à domicile celle du Sporting Club d’Hérouville-Saint-Clair. Quelque chose me dit que ce sera moins facile pour elle que de recevoir nos valeureux champions de France, acharnés à se faire piétiner n’importe où depuis que leur moral est passé des crampons dans les chaussettes. A qui la faute ?
Soyons francs : l’humiliation n’est pas la conséquence mais la cause de leur déroute ! Je demande donc solennellement au patron du département de mesurer sa responsabilité dans leur effroyable débâcle, pour mettre enfin la main au gousset et consoler ces garçons désespérés, à qui il faudra bientôt un quart de calva pour trouver la force de partir au casse-pipe, à défaut de leur grand stade ! Qu’attend-on ? Des suicides, comme chez Renault ou à France Télécom ? Cette débâcle me tire moi-même vers le bas et déjà, sur un air de Coquatrix, on chante "Clopin-clopant" sur mon passage dans les allées de la République… Comme pour me faire comprendre que, lui viendrait-il à l'idée de concourir à la primaire présidentielle, le maire UMP de Cabourg me ferait sans difficulté disparaître dans les oubliettes de l’Histoire ! Adieu la victoire en ligue des champions !
Accablé par des sondages en berne et une conjoncture désastreuse, on comprendra que je broie du noir depuis quelques jours, fuyant mon horoscope à la radio et dans la presse écrite ! Jusqu’à faire la nuit dernière un horrible cauchemar ; sur fond de Dies Irae du Requiem de Verdi, le Général y était traduit pour désertion devant un curieux tribunal militaire : réunis dans une cave voûtée, les juges étaient d’inquiétants curés en soutane corbeau, la tête couverte d’une cagoule pointue de même couleur qui donnait à leur tenue un air de burqa. Qu’avais-je à faire dans cette histoire qui n’était pas la mienne ? Qui m'y a infiltré pendant mon sommeil ? Pourquoi ?
A en croire Denise, je parlais latin quand je me suis dressé sur le lit en hurlant au milieu de la nuit, le crâne en sueur. Quelle sottise ! Voulant me rassurer, elle me fait finement remarquer aujourd’hui que "burqa", c’est "Cabourg" dans les cités où le verlan fait loi ; elle y voit une possible origine de mon mauvais rêve, qui serait tout bonnement lié à l’actualité du petit Hun. Peut-être a-t-elle raison, mais je doute qu’on connaisse ce lieu de villégiature normande dans les banlieues plus qu'en Chine. Et puis, si le Général épousa la France en secondes noces, il n’en déserta pas pour autant le lit conjugal, sans qu'on l'accusât jamais de polygamie ! Il n’avait comme moi aucun compte à rendre à ce tribunal d’inquisition, indigne de son rang dans ce décor sépulcral. Nous ne sommes ni l'un ni l'autre d'une espèce à mettre les voiles !
A ma connaissance, Yvonne n’a jamais été sifflée non plus à l’Olympia, contrairement à l’actuelle prima donna. C’est qu’elle préférait la fréquentation des églises, dont Colombey, il est vrai, est assez bien pourvu. N’a-t-elle pas du reste fini comme il sied ses jours dans un couvent parisien ? C’était une autre époque en vérité, où les épouses entraient à l’Elysée avec une voilette et un prie-Dieu de préférence à une guitare…
Ayant besoin d'air pour faire diversion au douloureux cauchemar qui continue de me hanter, je viens de signer une lettre ouverte de notre brouillon cube aux cheveux dans le vent. Il y demande à mon pâle successeur au gouvernement de défendre la cause des éoliennes, qui vaut bien celle des bébés phoques ou des grenouilles. Ah ! Les cheveux dans le vent, quel vieux souvenir !... "Tu crânais moins à cette époque", persifle Denise en me caressant le front avec tendresse... Rappelez-vous, c’était une chanson de Bruno Coquatrix interprétée par Jacques Pills : "Et depuis nous avons vécu des jours de joie / Des jours de peine / Ensemble nous avons vécu une histoire / Simplement humaine"... Oui Nisa, mais pour quoi faire au final, à mon âge ? Prendre la direction du casino, comme Coquatrix à Cabourg ? Cela mérite ma foi réflexion, à défaut d'autre chose : dans notre Cow Parade footballistique, ce pourrait être après tout une bonne vache à lait pour le grand stade ! Faites vos jeux, rien ne va plus, balle au centre !
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