Quelles nouvelles vous bailler en cette semaine un peu morne, où je n'ai mis le nez dehors que lundi pour me rendre à Luxembourg ? Non, non, pas à Radio Luxembourg pour me dégourdir les jambes, mais bien dans la capitale du Grand-duché où m’appelait un Conseil des Affaires étrangères. Pas de quoi fouetter un chat ou sortir mes bas de contention de l’armoire, vous en conviendrez ! A vrai dire, ce surplace fut plutôt une aubaine car, entre le fleuve et le vin, j’avais sans doute fait un peu trop la bombe au week-end. On aura compris que je n’évoque pas là les opérations tripolitaines de nos vaillants soldats mais bien les bacchanales municipales du solstice, dans quoi j’ai dû feindre le plaisir avec mes administrées et mes administrés. Une escapade forcée qui a contraint mon homologue allemand à me rejoindre dans cette ennuyeuse province, pour y survoler avec moi, un verre de cidre à la main en lieu de bière, les pauvres affaires de l’Europe et du monde.
jeudi 23 juin 2011
L'éclaireur
Quelles nouvelles vous bailler en cette semaine un peu morne, où je n'ai mis le nez dehors que lundi pour me rendre à Luxembourg ? Non, non, pas à Radio Luxembourg pour me dégourdir les jambes, mais bien dans la capitale du Grand-duché où m’appelait un Conseil des Affaires étrangères. Pas de quoi fouetter un chat ou sortir mes bas de contention de l’armoire, vous en conviendrez ! A vrai dire, ce surplace fut plutôt une aubaine car, entre le fleuve et le vin, j’avais sans doute fait un peu trop la bombe au week-end. On aura compris que je n’évoque pas là les opérations tripolitaines de nos vaillants soldats mais bien les bacchanales municipales du solstice, dans quoi j’ai dû feindre le plaisir avec mes administrées et mes administrés. Une escapade forcée qui a contraint mon homologue allemand à me rejoindre dans cette ennuyeuse province, pour y survoler avec moi, un verre de cidre à la main en lieu de bière, les pauvres affaires de l’Europe et du monde.
Puisque César ne venait pas à eux en cette semaine casanière, certains grands de la planète sont venus eux-mêmes à César. Aussi, après avoir vu défiler mes homologues québécois et polonais, un ancien Premier ministre israélien désormais en position de défense et ce bon vieux Poutine, n’ai pas eu mardi soir le courage d’affronter la nuit parisienne pour y fêter enfin la musique, comme promis de longue date à Denise ! Nous avons donc passé la soirée en amoureux sur le canapé, à faire tourner un vieux vinyle de Guy Béart avec le pot de tisane. « Ah ! Quelle journée ! », y chantait le barde pompidolien, comme par clin d’œil à ma lassitude.
A une heure du matin, avons finalement marché bras dessus bras dessous jusqu’au quai Malaquais, en nous fredonnant comme des adolescents les jolies paroles de Marcel Aymé. Alors que notre reflet dansait sur l'onde de la Seine, me suis dit que dragons ou avocats à pieds plats, nombre de dirigeants de la planète n’ont bien souvent rien à se dire, mais ne s’en déplacent pas moins pour en parler. C’est sans doute pourquoi, fatigués, certains préfèrent courir les femmes nues qui traversent les passages cloutés pour aller s’acheter des gants. Il arrive hélas que ceux d’entre eux qui échappent à Aymé, à Magritte ou à Delvaux soient rattrapés par la police, la justice et la presse de caniveau.
A ce propos, joie d’apprendre hier dans les journaux qu’au moins on parle de moi jusqu’à Damas où, fort aimable, mon homologue syrien me prête à soixante-cinq ans des « illusions colonialistes » ! Aurait-il lu Balzac ? Ou bien été visité par ce Dumas cynophobe qui écrit aussi des livres, secoureur impénitent des dictateurs en perdition ? Si tel est le cas, on n’aura pas manqué de lui vanter mes nerfs d’acier : voilà pourquoi sans doute d’humeur mesquine, il me damasquine et me taquine… J’en ai vu d’autres ! Ce qui m’importe, comme je le démontre en Libye, c’est de sauver des vies humaines, quoi qu’il leur en coûte ! Et puis, soyons francs : accuse-t-on de colonialisme un ministre d’État dont le pays, berceau des Droits de l’Homme, a donné jadis son indépendance à la Syrie ? Non, comme je l’ai dit à Alger, la date de péremption est dépassée : au diable la repentance !
Je veux bien, mon cher Walid, mettre vos « baassesses » partisanes sur le compte du dépit, mais vous sais trop avisé pour croire un seul instant que vous ne me reconnaissiez « aucune influence » dans votre pays, sa région ou le reste du monde. Sincèrement, n’avez-vous point vibré comme tout le monde en buvant mes paroles à l’ONU ? Venez me voir dans ma ville quand ce malheureux différend sera derrière nous : je vous y ferai découvrir les canons de la concertation et de la démocratie participative, qui imposent en toute circonstance l’écoute et le respect des citoyennes et des citoyens, si chers à ma dame de pique ! Vous y verrez aussi comment on anesthésie jusqu’aux plus rétifs avec des fêtes à répétition, des feux d’artifice et quelques verres de vin, sans armes lourdes ni chars ! D’ici là, Cher Collègue, un conseil amical : conjurez l’ophtalmologue qui vous gouverne de retrouver les yeux de la sagesse, plutôt que d’arracher dans des salles de torture ceux des Syriennes et des Syriens, innocents coupables implorant Allah de faire tomber du Ciel comme en Libye mon éblouissante lumière !
P.S. « Tout se tient, remarque Denise. Tu as commencé par RTL et finis avec la grosse tête : Bouvard a trouvé son Pécuchet ! » Si l’on veut, mais que Flaubert vient-il faire dans cette galère ? A ce propos, penser à relire son vaudeville titré « Le candidat »...
jeudi 16 juin 2011
La Peste
Une seule sortie de Métropole cette semaine, et c’est d’Oran que j’adresse ce billet tardif à la ville et au monde, n’ayant point encore trouvé le temps de prendre la plume. Wahrān, ou El Bahia – La Radieuse – comme on la nomme ici, dont le soleil généreux me chauffe le cuir chevelu derrière son léger tulle de nuages – désolé Denise, je n’ai pu me résoudre à coiffer ton ridicule panama ! Oran que Camus refusa d’aimer parce que, roulée en escargot, elle tournait le dos à sa mer ! Un peu comme cette ville chérie dont je me languis qui, avant que je ne l’ouvrisse à ses quais toilettés en lui tendant un superbe miroir, dormait à l’hôtel du cul tourné avec un fleuve infréquentable. L’eût-il connue, ou son propre grand-père qui en était je crois originaire, peut-être Camus aurait-il aimé notre capitale, sans la pestiférer comme cette ville jumelle dont le maire que je suis est cet après-midi l’hôte prestigieux...
Forte émotion de fouler, depuis hier soir, un sol si proche à bien des égards de celui où une résolution de l’ONU qui m'est chère nous interdit de poser le pied pour le mettre au derrière d’un épouvantable tyran... Soyons francs : je comprends mieux aujourd'hui les difficultés insurmontables que Dieu éprouve à régler depuis le Ciel les problèmes de ce bas-monde… Comme je l’ai dit ce matin au président Bouteflika, et répété à la presse avec mon homologue Medelci, les relations de nos deux pays connaissent une « période de particulière embellie ». Si, si, quand bien même cette météo favorable s’obstine à éviter la Libye voisine, malgré une frontière par ailleurs inopportunément poreuse. Alors que mon visage demeurait impassible et ma langue de bois, je me répétais intérieurement le nom du Premier ministre, qui me semble résumer à lui seul la situation : Ouyahia !
Oran... Si mes pas m’ont conduit jusqu’à toi pour les affaires plus intimes de ma cité, n’est-ce pas aussi pour rappeler au ministre d'État stratège que La Peste est une allégorie de la guerre ? Dans la version contemporaine de ce fléau éternel, est-il exagéré de postuler que je suis le docteur Rieux des temps nouveaux, sauveur modeste et résolu du monde porté par une soif inassouvie d'amour de son prochain ? Pourquoi m’est revenue à l’esprit une sienne phrase, relue il y a quelque temps dans un vieux carnet où je l’avais notée d’une écriture encore jeune ? C’était hier, quand mon avion descendait vers cette terre de soleil qui demeure à jamais celle de Camus, bien qu'elle ne soit plus depuis longtemps la nôtre, à « cette heure du soir, qui pour les croyants est celle de l’examen de conscience, cette heure (...) dure pour le prisonnier ou l’exilé qui n’ont à examiner que du vide. » Prisonnier de rien n'ayant pas peur du vide, je n’ai fait que mon devoir ; ma conscience est tranquille, occupée à délivrer de sa chienne de vie une humanité meurtrie qui en appelle à la France !
A ce propos, étonnement d’avoir vécu près de soixante-six ans dans l’ignorance d’un caractère de chien ! Mais je ne mourrai pas idiot, grâce à un vieillard bavard à qui j’ai succédé jadis au Quai, il y aura bientôt vingt ans. Imaginez que le barbon incontinent m’a traité de bouledogue, avec les honneurs de notre quotidien régional ! « Un bouledogue qui réfléchit trop, jusqu’à l’erreur »… Il me permettra de garder ce petit manteau pour les temps de chien de l’hiver ! En attendant, je lui conseille de se mieux renseigner sur le caractère du molosse dans sa version française, qui me sied à merveille. Je lis en effet que, joyeux et joueur, cet animal « pot de colle » et dépourvu d’agressivité aime à être câliné par son maître et se dépenser un peu tous les jours. C’est mon portrait craché, croyons-en Denise ! Quant à l’erreur ma foi, ne dit-on pas qu’elle est humaine ? Que ce monsieur laisse donc les chiens tranquilles plutôt que de prétendre, à son âge, leur casser les reins avec une canne dont il eût mieux fait de menacer un Ivoirien à qui j'ai eu à faire.
Puisqu’il est question de vieux messieurs, me réjouis que, trottinant bon pied bon œil vers l’octantaine, l’ancien président de la République se soit prononcé sans ambiguïté pour ma candidature en 2012, en m’offrant de surcroît son prestigieux suffrage. Si j’ai suffisamment payé pour mériter cet égard suprême, le câlin du vieux maître n’en est pas moins doux à mon échine. Stupide à son accoutumée, la presse a regardé le doigt corrézien et non la lune du port, incapable de reconnaître en mon soutien un virtuose intact du billard à plusieurs bandes ! A peine, tel le corbeau perché de la fable, ce vieux renard a-t-il lâché à ces rats un candidat socialiste à pâte molle et au nom de fromage, que tous courent le grignoter en remuant la queue et se léchant les babines, jusqu’à ce qu’il ne reste rien dans la gamelle. Croyez-moi, les Françaises et les Français ne tarderont pas à comprendre que le bouledogue est un bien meilleur animal de compagnie que la petite peste dont ils ne supportent plus les aboiements continuels au Château ! Après tout, cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
mardi 7 juin 2011
Le furet
Rome, Ramallah, Jérusalem, Washington, New York, Paris, Abu Dhabi où je serai jeudi… A l'image de Celui du Christ, mon corps s’est élevé plus que de raison dans les airs en cette semaine d’Ascension, pour aller prêcher dans le monde la paix de Dieu et des hommes. Si j’en crois du reste un aimable courriel de notre bon cardinal, nombreux sont mes administrées et mes administrés plongés aujourd’hui dans les Actes des Apôtres. « Il fut élevé en leur présence, et une nuée le déroba à leurs yeux », lisent-il en marmonnant leurs prières conjuratoires – ô badauds de notre aéroport, guetteurs inquiets de mes envolées célestes, je reviendrai !
Cette nuée suspendue du Nouveau Testament boude obstinément des pelouses jaunies, réduites à l’état de vieux paillassons, selon un récent SMS du directeur de mon cabinet municipal… Les quelques gouttes que me signalent ce matin des amis sur Facebook n’y changeront rien, je le crains, tant la pluie se fait depuis des mois aussi rare que le maire dans cette fière métropole du 45e parallèle. Suffit-il que je la déserte pour que, n’ayant plus à qui s’abreuver, elle se transforme elle-même en un désert aride ? A ce train-là, nous risquons de célébrer bientôt le fleuve sans une goutte d’eau. Qu’y puis-je ? Inutile d’attendre de moi un miracle, plus là que dans le reste du monde : pour la fête du vin, il faudra patienter jusqu'à l’année prochaine !
Ainsi donc, je serais devenu le furet coureur d’une chanson de mon enfance ! Chère Janet qui me taquinait gentiment la semaine dernière à Ramallah... « Puisque nos villes sont jumelées et que vous n’êtes jamais chez vous, insistait-elle, pourquoi n’avez-vous pas pensé à organiser ici un conseil municipal conjoint en visioconférence ? » Soyons francs : l'idée n’est point sotte, malgré sa part de boutade. Tel l’Esprit Saint, je pourrais en effet descendre à distance sur mes apôtres, adjoints et conseillers, majorité et opposition confondues… Voir avec le secrétaire général de la mairie s’il serait encore temps, où que je me trouvasse, de préparer cette apparition pixelisée pour le lundi de Pentecôte. Ainsi, de rue en rue, d’immeuble en immeuble, pourrait être soufflée ma parole virtuelle sur des quartiers ébahis !
Chère Hillary, je te pardonne bien volontiers la moue dubitative dans quoi s’est anéantie hier à Washington ma belle proposition de conférence de paix parisienne sur le Proche-Orient ! Au niveau où nous évoluons l’un et l’autre, je ne crois pas une seconde au lapsus involontaire… Quel bonheur ! Quelle félicité ! En me donnant du « Président » dans une conférence de presse qui fait un buzz sur Twitter, me dit Denise, tu m’as littéralement « remis à ma place » ; celle que m’ont depuis longtemps assignée dans leur cœur les Françaises et les Français ! N’étant pas enclin à la dérobade, je m’engage solennellement ici à honorer la parole de l’Amérique éternelle. Même collées au ventre rond de la prima donna, les oreilles de Rikiki ont dû sonner hier au Palais ! Moi vivant, je le jure, jamais son petit roi de Rome ne lui succédera à l’Elysée, puisque tel est bien l’ordre de la Maison Blanche !
Depuis New York où je publie ce billet, n’ai pu m’empêcher de visiter en douce ce que ma pie voleuse ose nommer son blogue. C’est qu’elle y fait une grosse colère, comme on dit dans les crèches et les écoles maternelles ! Quel crime abominable me reproche-t-elle encore, vous demandez-vous ? Eh bien… de sacrifier l'établissement national des Invalides de la Marine pour un parking ! Qui, outre ma dame de pique, connaît et admire ce soi-disant « fleuron du patrimoine maritime » de la ville, dont la condamnation scelle mon statut d’empereur romain décadent ? Le scandale du siècle n’en a pas moins monté jusqu’à l’Assemblée nationale, où un sous-secrétaire d’État a dû clouer le bec à notre oiseau de malheur. Cela ne s’invente pas, il s’appelle… Benoist Apparu. Cette benoîte « Apparition », c’était moi bien sûr mais, comme les apôtres leur Seigneur, l"ingrate ne m’a pas reconnu, me croyant toujours au-dessus des nuages.
lundi 30 mai 2011
L'alouette
Soyons francs : l’Europe n’en fait-elle pas un peu trop autour de ma collègue et amie chargée au gouvernement de l’économie, des finances et de l’industrie ? Au point de la faire passer pour la grande dame blanche de la grotte de Bernadette, devant qui chacun viendrait à son tour s’agenouiller les mains jointes, en l’implorant de s’embarquer pour l’Amérique où elle seule peut sauver la planète ! En quoi, veux-je dire, ses états de service dans de grands cabinets d’avocats d’affaires sont-ils des lettres de noblesses pour la direction générale du FMI ? S’il importe que la France garde son rang à la tête de cette glorieuse institution planétaire, ne croit-on pas qu’elle ait des personnalités plus qualifiées à asseoir sur le trône qu'on lui réserve à Washington, et d'une autre envergure ?
Hélas très peu nombreux, ces êtres d’exception prêts à faire don de leur personne au monde sont évidemment connus ; nul besoin donc de feindre de les chercher en plein jour avec la lampe de Diogène… En toute modestie, je crois pouvoir m’honorer d’appartenir à ce cercle restreint où, entre moi, je me sens souvent bien seul. Loin d’être occupé à hauteur de mes compétences entre une belle mairie de province et un ministère prestigieux, avouerai-je que je me suis senti blessé que notre grand Rikiki ne pense pas spontanément à moi pour le Fonds, plutôt qu’à cette femme sans charisme ni chaleur humaine ? Mon ami Barack à qui j’en ai touché un mot il y a quelques jours, à l’occasion du récent festival de cinéma américain de Deauville, m’a assuré avoir été lui-même choqué que mon nom ne circulât pas, incroyablement éclipsé par celui de cette vieille femme infatuée.
Si j’en crois donc Obama, dont le renseignement est fiable, Razibus eût été ravi de m’envoyer aux États-Unis – autant dire au diable ! C’est son entourage élyséen qui l’en aurait dissuadé, soi-disant pour me garder en réserve de la République au cas où le tenant du titre présidentiel, au 36e dessous, dût renoncer dans un an à l’appel des urnes. Aussi flatteuse que soit en apparence cette information, je crains que ses inspirateurs ne veillent surtout à me confiner dans un destin exclusivement municipal.
Après Deauville à ce propos, bonheur de retrouver avant-hier ma bonne ville pour l’inauguration de sa grande foire internationale : un rendez-vous que je ne manquerais pour rien au monde ! Même si j’ai pris depuis longtemps l’habitude qu’on me jette partout des fleurs, grande émotion à ce que des Polynésiennes et des Polynésiens les offrissent ici en collier à l’outre-maire que je suis. Enivré de fragrances tropicales et libéré de mon oiseau de malheur, en villégiature parlementaire chez les Khmers, j’oublie sous ces latitudes intimes le chemin de Damas, où je désespère que le Seigneur me dise jamais comme à Paul : « Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. » Plus confiant dans l’avenir local que dans l’improbable parole du Fils de Dieu, je retrouve ici devant micros et caméras l’enthousiasme et l’optimisme de la tribune de l’ONU, à deux pas d’où vont s’élever demain celles, plus majestueuses encore, de notre très grand stade !
Point de conflits à régler, point de Tigre ou d'Alouette à déployer sur le territoire de la métropole ; seulement des projets à célébrer tous ensemble dans l’amour et l’Eucharistie ! Ici, je suis le Pain ; toujours la foire m’y réussit, contrairement à la Libye où c’est plutôt ma réussite qui foire, à cause de ce maudit Kadhafi qui résiste effrontément à nos messages célestes… Hosanna ! Joie anticipée d’un conseil municipal sans histoires cet après-midi, à l'occasion de quoi je dévoilerai les détails de notre grandissime foire d’automne, biennale de renommée internationale autour de l’art urbain. C’est tout de même autre chose que ce G8 inutile, dont le nom un peu ridicule n'évoque guère pour moi que ces interminables batailles navales du lycée, en cachette des pions, que je me lassais de gagner toujours. A Deauville, même pas envie de toucher ou de couler Razibus et les autres...
Tout à mon euphorie municipale, je ne résiste pas au plaisir de livrer pour conclure une remarque alerte de Denise, en réponse au présent billet à elle adressé il y a quelques minutes pour relecture : « A propos de tes hélicoptères, m'écrit-elle, sais-tu que la madone du FMI est née Lallouette ? » Coquine, elle ajoute ceci : « Ayant grandi comme moi à la campagne, tu n’ignores pas que l’alouette grisolle et tirelire, ce qui est tout à fait respectable. T'aurait-il échappé cependant qu’aussi elle turlute ? » Diable ! Chat échaudé craint l'eau froide : notre dame pourrait bien vite déchanter, tant ce détail me semble de nature à épouvanter l'honorable institution de Washington !
dimanche 22 mai 2011
Ground Zero
Une fois n’est pas coutume, je consacrerai une partie de ce billet municipal à l’actualité internationale qui vient de foudroyer la France, tel un séisme déclencheur de tsunami atomique. Si je condamne à la fois ses idées politiques et le mode opératoire dont l’accuse peut-être à tort la justice américaine, on comprendra néanmoins mon empathie pour l’homme d’exception brisé dans son élan vers la présidence de la République. Une question me taraude en effet : pourquoi les meilleurs d’entre nous trouvent-ils invariablement des juges au travers de leur route, comme si, décidément maudite, la République était condamnée à n’accorder ses faveurs qu’aux plus médiocres, quand il ne s’agit pas de cancres de la pire espèce ? Ce n’est pas l’amertume qui guide ma plume, je l’assure, mais seulement un profond sentiment de gâchis et d'injustice.
Un sentiment renforcé par un détail topologique dont se repaissent les médias : l’homme qu’on disait hier aussi puissant que le président des États-Unis aurait trouvé provisoirement refuge près de « Ground Zéro » à New York. Quel terrible symbole ! Peut-on tomber plus bas après avoir monté si haut, telle une tour jumelle de Barack Obama ? Ô souvenirs enfouis sous les décombres ! N’ai-je point moi-même connu pareille humiliation dans une assignation volontaire à résidence au Nouveau Monde ?… Dieu a-t-il donc installé son purgatoire en Amérique du Nord, pour y faire expier aux plus éminents de nos compatriotes jusqu’à leurs moindres turpitudes ?
Inauguration hier de l’immense ponton qui flotte désormais en majesté sur notre fleuve. Acclamé à Yamoussoukro avec Razibus, je ne pouvais hélas me trouver physiquement auprès des miens pour présider à cette superbe cérémonie festive. Relégué au deuxième rang, derrière Ouattara et Rikiki, pensé très fort à mes administrées et à mes administrés… Imaginé les gracieux paquebots d’avant les vilains immeubles flottants qui, naguère encore, se décrochaient joyeux de nos bittes d’amarrage, pressés de rejoindre à Manhattan la plus superbe des femmes : la statue de la Liberté ! Agitant leur mouchoir sur le pont, les hommes déjà rêvaient à ses caresses lascives de l’autre côté de l’océan… Combien d’entre eux a-t-elle gardé dans son coeur ? Combien dans ses menottes ? Sans se départir d’une gravité qui est sa marque, un jeune conseiller à qui je confiais plus tard ces réflexions pointa la situation cocasse de l’homme du Sofitel. « Dans cette affaire, me dit-il, la police américaine le considère comme un agresseur sexuel, alors que nombres de commentateurs le tiennent chez nous pour un simple témoin à décharge. » C'est une façon de voir la chose.
A ce propos, notre grand quotidien régional a salué cette semaine le « projet follement audacieux » que j’ai retenu pour l’érection d’un grand centre culturel et touristique du vin. Soyons francs : cette puissance architecturale et scénographique sans précédent va donner un sacré coup de vieux au Guggenheim de Bilbao ! Ithyphallique en diable à défaut d'être pioupiesque, ce bâtiment futuriste de quarante-cinq mètres de haut dominera les flots abracadabrantesques du fleuve, pour se mesurer aux tours du pont levant et célébrer fièrement la gloire de nos vins de vigueur ! Un concours populaire est lancé pour donner un nom à ce gigantesque phare de la cité, fils de celui d’Alexandrie merveilleusement mis en lumière. On aura sans doute compris que je souhaiterais en faire le centre Arthur-Rimbaud. Hélas, ce n’est pas gagné dans une ville où la poésie gagne comme le reste à sentir le bouchon mais en aucun cas le soufre !
Un sien « ami », me dit Denise, aurait plus judicieusement proposé « Cosmic Shit » sur Facebook. Je reconnais qu’il y a un peu de cela, qui pourrait être après tout un bel hommage à nos trottoirs en même temps qu’à nos crus. La traduction française, façon « étron cosmique », ne me paraît cependant pas des plus appétissantes pour attirer le chaland. Nisa me promet de demander à ce mystérieux ami de poursuivre ses efforts, pour nous pondre si possible quelque chose de moins glissant et de plus présentable. A ce propos, une idée me trotte dans la tête depuis quelques jours… Je crois que la France admettrait difficilement qu’un faux pas, se révélât-il criminel, privât définitivement le monde de son plus brillant économiste. Puisque la banque européenne pour la reconstruction et le développement est de retour dans l’actualité médiatique, me dit-on, ne pourrait-on envisager de mettre l’ancien patron du FMI dans la Berd quand il sera sorti du pétrin ? En toucher un mot demain à Rikiki.
dimanche 15 mai 2011
Man oh man!
Samedi. Qui se souvient d’Alphonse Chérel, passé à la postérité dans l’anonymat le plus total, à la façon d’un soldat inconnu sans arc de triomphe ? De manière récurrente, les mœurs politiques comme l’actualité internationale donnent pourtant ces jours-ci l’impression que ce monsieur, injustement plongé dans l’oubli, était à sa manière une sorte de Nostradamus moderne. Un blanc bec qui fait bruyamment ses classes au conseil municipal ne me taillait-il pas il y a peu un costard, en m’attribuant sans preuve un revenu mensuel cumulé supérieur à trente mille euros ! Aujourd’hui, c’est un socialiste en CDD à Washington qu’on accuse de se faire lui-même tailler des costumes pour à peu près le même montant. Où va-t-on ? Croyez-moi, le scandale est bien moins dans l’argent qu’on gagne ou l’usage qu’on en fait que dans l’opulence des tailleurs sans vergogne qu’il engraisse !
Si vous évoquez la méthode Assimil devant ces gens-là, je ne doute pas qu’ils tordent le nez en pensant que vous venez d’en lire discrètement le prix sur l’étiquette, ce qui ne se fait pas dans les grandes maisons comme l’enseigne Nadine de Rothschild. On ignore quelle était la fortune d’Alphonse Chérel et où il s’habillait, mais il est temps de dévoiler aux profanes qu’il a laissé à la langue française, si l’on peut dire, un bijou de phrase immortelle : « My tailor is rich ». C’était en 1929 dans L’anglais sans peine, preuve s’il en faut que les tailleurs ont toujours prospéré en période de crise, même en des temps où n’avait point encore été inventé le RSA pour se remplir les poches, les doigts de pied en éventail. Denise m’apprend que Ionesco voulut donner pour titre à l’une de ses pièces cette phrase quasi shakespearienne d’une grande profondeur, en hommage au discours de la méthode Chérel. Il l’appela finalement « La cantatrice chauve », surnom dont, paraît-il, on m’affuble affectueusement dans les couloirs de l’ONU depuis mon show à New York. Ce n’est pas bien méchant.
A ce propos, il n’est pas inutile de préciser que c’est à Port-au-Prince que j’écris ces lignes, où je viens de représenter la France à la cérémonie d’investiture du nouveau président haïtien ; ses concitoyens l’appellent « Tet Kale », ce qui signifie en créole « tête chauve ». A ma différence, je reconnais qu’il s’agit là d’un authentique chanteur populaire. Eu bien sûr ici une pensée émue pour notre ami Toussaint Louverture, dont j’irai à mon retour saluer la statue au bord du fleuve, dès que mon emploi du temps me permettra de passer quelques instants dans ma mairie. Passionnante discussion cet après-midi sur le Champ de Mars de Port-au-Prince avec des compatriotes de l’ONG « Entrepreneurs du Monde » ; ils m’ont donné sur le relogement des idées intelligentes, que je leur ai promis de développer moi-même dès que possible dans notre cité, sans attendre un hypothétique séisme pour me conformer à la loi SRU sur le logement social.
Heureux aussi de rencontrer au palais national mon vieil ami Bill, envoyé spécial de Ban Ki-moon dans ce pays. Toujours blagueur, il m’a taquiné sur ma candidature à la présidentielle. Je ne cacherai pas la fierté que j’ai ressentie lorsque, jovial à son habitude, il m’a tapé sur l’épaule pour me féliciter de ma remontée fulgurante dans un récent sondage dont il avait pris connaissance. Non seulement j’y talonne effectivement le socialiste FMIné mais j’y écrase les talonnettes de Razibus ! J’ai bien sûr balayé de la main l’incitation de Clinton à me présenter, lui rappelant ma loyauté totale au candidat naturel déjà en place à l’Elysée. Il a éclaté de rire : « Man oh man!, m’a-t-il répliqué, la République n’accouche pas toujours de ses présidents par les voies naturelles ! Vas-y, fonce ! » Troublé tout de même... Et s'il avait raison ?
Dimanche. Décalage horaire oblige, alors que ce qui précède a été écrit « hier » en Haïti, c’est dans l’avion du retour que j’apprends la mésaventure américaine du chouchou socialiste des sondages. Me dis que, quelle que soit la facture de son tailleur, on sait depuis Andersen que le roi est toujours nu quand il sort de la baignoire. Repense avec émotion à cette vidéo prémonitoire où il expliquait comment défroisser soi-même son costume dans une salle de bain d’hôtel. Je ne commenterai pas plus avant le fait divers qui va tourner en boucle aujourd’hui dans tous les médias, l’inculpé new-yorkais étant présumé innocent. M’aurait-il consulté, pourtant, que je lui aurais conseillé de se méfier comme de la peste des femmes de chambre. Soyons francs : j'ai appris à mes dépens il y a quatre ans que, d'une manière ou d'une autre, elles finissent toujours par vous piquer votre siège, que ce soit à l’Elysée ou au parlement !
samedi 7 mai 2011
Mes Bienheureux
On s’attendrait sans doute à ce que j’évoquasse ici la justice rendue aux victimes d’Oussama Ben Laden : je n’en ferai rien, assuré que mes lecteurs les plus fidèles ont déjà lu et relu les propos éclairés dont j’ai nourri les médias français et internationaux cette semaine. Aux autres, je me contenterai de préciser que, nonobstant ses récentes prouesses techniques au fond de l’Atlantique Sud, la France n’a aucune raison de penser qu’elle pourrait être sollicitée par Al-Qaida pour un repêchage en mer d’Oman, en échange de la libération de ses otages. Je ne dispose en tout cas personnellement d’aucune information permettant d’accréditer ou d’infirmer cette rumeur insistante. La modestie, qui est ma règle en toute chose, m’oblige de surcroît à avouer que je ne sais pas où se trouve la boîte noire de l’islamisme radical. Inutile de gloser ! M’a-t-on du reste jamais entendu parler pour ne rien dire ?
Prémonition ou message personnel du Béatifié ? Il y aura demain huit jours, le premier dimanche après Pâques, fête de la divine Miséricorde, alors que je regardais Denise me sourire à travers sa voilette sur la place Saint-Pierre à Rome, résonna en moi la voix du feu Saint-Père, avec cet accent slave qui donnait toujours à son propos une extraordinaire profondeur : « La prétention qu’a le terrorisme d’agir au nom des pauvres est une flagrante imposture ». Les mains jointes sur mon iPhone, une recherche discrète sur Google me précisa qu’il s’agissait mot pour mot de paroles prononcées par Jean-Paul II à la journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2002. Il avait dit aussi ce jour-là, pus-je lire, que « le pardon est une option du cœur qui va contre l’instinct spontané de rendre le mal pour le mal ». J’ignorais, en rempochant mon portable après avoir contrôlé ma messagerie, que l’Amérique était au même instant en train de réhabiliter la loi du talion. Puisse le Bienheureux Jean-Paul en garder la fille aînée de l’Eglise ! Moi au gouvernement, toujours le droit primera dans ce pays sur le canon.
Outre Benoît XVI, enchanté de croiser au Vatican notre bon cardinal, que je vois moins depuis que les affaires de l’Etat et du monde me tiennent hélas éloigné de son diocèse. Plaisir quelque peu contrarié néanmoins… Quel besoin avait-il de me raconter son débat public sur l’Europe, les religions et la laïcité, trois jours plus tôt avec l’ancien chefaillon de mon opposition municipale ? On n’est pas impunément cul et soutane avec ces gens-là ! Si le prélat n’y prenait garde, le Front de Gauche et le NPA pourraient bientôt tailler leur drapeau dans sa pourpre cardinalice ! Je m'attendais à ce que, sur sa lancée, le saint homme me tançât sur la gestion privée des crèches de la ville qui, selon nos détracteurs, pourrait conduire aux mêmes dérives que celle de l’eau ! Allions-nous tenir conseil municipal à deux dans la chapelle Sixtine ? Et puis, entre nous, la crèche de Bethléem était-elle publique ? Le bœuf et l’âne étaient-ils des fonctionnaires laïques ? Non, on ne me fera pas avaler que La Lyonnaise donne un goût de soufre à l’eau des bénitiers ! Je n’ai pas été élu pour collectiviser les nurseries et les châteaux d’eau, fût-ce dans un ancien palais épiscopal !
Calmons-nous… La France bruit cette semaine d’une autre béatification qui m’enchante : celle d’un président qui m’aimait bien, élu il y aura mardi trente ans. Le 10 mai 81 est une date entrée dans l’Histoire comme le 14 juillet, le 11 novembre ou le 15 août. Soyons francs : qui se souvient du 7 mai 2007 ? Qui s’en souviendra dans trente ans ? Au-delà de la profonde affection que me témoignait ce grand séducteur, je n’oublie pas nos longues conversations dans son bureau sur la tentation de Denise, qu’il partageait avec moi en toute franchise sans que j’en prisse ombrage. Je sais que, nonobstant un engagement politique qui n’était pas le sien, il ne doutait pas que je lui succédasse un jour à la tête de l’Etat ; plusieurs signes que je préfère taire me laissent accroire que même il le souhaitait sincèrement pour la France.
C’est qu’il appréciait chez moi l’étoffe, l’intelligence, la fibre littéraire – ô Cerises que je n’ai pas osé dédier à sa mémoire ! Alors que commence à s’agiter sa descendance prétendument légitime, comment faire comprendre aux Françaises et aux Français que je suis son vrai fils adoptif, son véritable héritier ? Ni à lui ni à moi la vie politique n’a épargné ses revers. Très jeune encore, il me souvient d’avoir corné une page de « Ma part de vérité » en 1969, dans le désespoir de la démission du Général, pour en recopier une courte phrase dont je garde la mémoire : « La pire erreur n’est pas dans l’échec mais dans l’incapacité de dominer l’échec. » J’ai compris plus tard que De Gaulle avait organisé son échec pour le mieux dominer et s’assurer une sortie tragique à sa dimension. Inlassable Sisyphe, Mitterrand s’est toujours relevé, jusqu’à la victoire finale. Puisant ma force dans leur mémoire, je pense dominer enfin aujourd’hui mon propre échec, jusqu'à résister à la tentation de mentionner ici certain volatile, indigne de mes ambitions. S'il vous plaît, pas un mot à Razibus sur ce coup : je ferai bientôt de nuit le pèlerinage de Jarnac pour entendre, après celui du Polonais, le message du Bienheureux socialiste.
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