"Si tu es amer, plains-t'en." (proverbe gascon)

jeudi 2 septembre 2010

Lapidations


N’ayant jamais jeté la pierre à qui que ce soit, on ne s’étonnera pas que je me révolte ici avec force contre l'horreur de la lapidation, pratique barbare indigne de la démocratie, d’où qu’elle vienne et qui qu’elle vise. Je pense bien sûr à Sakineh, cette innocente condamnée à mort iranienne défendue par notre valeureux couple présidentiel, au grand dam de monsieur Ahmadinejad ; mais ma pensée va aussi – est-il utile de le préciser ? – à mon ami le ministre du travail, Saint-Sébastien pris pour cible depuis des mois par les flèches empoisonnées d’une presse assassine, aux ordres d’une opposition cruelle et sans vergogne. Une "lapidation médiatique assez impressionnante", a commenté le malheureux avec une émouvante sobriété. Hélas, il n’est pas aujourd’hui dans ce pays de journaliste que ne trahisse le lance-pierre que l’on voit dépasser de sa poche-révolver avec un stylo baveux !

Alors, Denise et moi le crions à tous ceux qui encore n’auraient pas compris : ne vous y trompez pas, Eric et Sakineh, c’est un seul et même combat ! Bon sang de bois, faudra-t-il donc encore convoquer Montesquieu, Usbek et Rica pour faire comprendre à cette gauche inculte et partisane que ce que l’on dénonce en Perse ne saurait être toléré dans les frontières du pays des Droits de l’Homme ? Ils pourront être fiers, croyez-moi, ces lapideurs en Lapidus quand à son tour, dans la presse internationale, un président iranien rayonnant sommera bientôt la première dame de France de sauver la tête du sauveur de nos retraites ! Quelle injustice ! Quelle image monstrueuse, catastrophique, ravageuse de notre pays dans le monde !

Soyons francs : notre courageux ministre de l’intérieur n’est-il pas lui-même victime d’une sournoise lapidation médiatique dès qu’il entreprend – non sans humanité après mes remarques amicales – de raccompagner chez eux, à nos frais et dans la dignité, des Tsiganes retenus par la pauvreté dans un pays malade et démuni, loin de leur chère patrie ? Quelle inadmissible indignité dès lors que les états d’âme honteux de deux ou trois ministres de la République ! Je ne prendrai pour exemple que celui des affaires étrangères, vieux politicien du voyage dont la caravane rouille depuis trois ans déjà dans le parc du Quai d’Orsay, alors qu’elle disposait notoirement d’une place de parking gratuite rue de Solferino. Et que le vrai ministre est de toute façon à l'Elysée.

Traitre à son camp comme à celui qui l’a recueilli pour lui épargner les errements propres à sa condition de nomade, le French doctor s’accroche à son portefeuille comme le vieil Harpagon à sa cassette, dans l’espoir insensé de n’être pas bientôt remanié dans un hospice de province. Outragé par cet affront, que Razibus ne l’a-t-il congédié sur le champ, rassuré que j’eusse moi-même déjà quitté le banc de touche pour mes exercices d’échauffement ministériel ! Il est grand temps en effet que, bateau ivre depuis trois ans à la dérive, le Quai soit enfin repris par le grand capitaine de vaisseau qui, il y a un peu plus de trois lustres, faisait encore à sa barre l’admiration du président Mitterrand ! Chaque jour compte, croyez-moi, pour que la France retrouve son rang dans ce monde tourmenté où, je le sais, les chancelleries m’attendent comme le messie ! " Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !"

A ce propos, un éditorialiste local s’étonnait l’autre jour que je convoitasse un poste de chef d’orchestre sur le Titanic. Passons sur l’inconvenance de cette amabilité lapidaire pour nous interroger sur la pertinence du propos.  Comment a-t-il échappé à ce graveleux pisse-vinaigre que les pierres volent de toute part dans mon camp, en cette belle fin d’été ? Et que pendant ce temps-là, calfaté de frais à la Rochelle, le navire socialiste vogue joyeux vers une victoire que seul un miracle pourrait nous épargner, pour autant que Dieu voulût bien entendre les prières du père Arthur ! Si le bon prêtre assomptionniste n’était pas exaucé avant 2012 et que je dusse passer mon tour, j’aurai soixante-douze ans à la présidentielle de 2017 ! Soyons lucides : même le Général n’avait pas atteint cet âge avancé en 1958, à l'aube de son premier mandat ! Alors, autant dire les choses crûment : je suis cuit si je ne n’embarque pas maintenant, fût-ce sur le Titanic pour y diriger n'importe quoi ! Dans deux ans, survivant du naufrage et enfin rétabli, si Dieu le veut, dans ma charge parlementaire, je reviendrai s'il le faut vivre auprès de mes administrés le reste de mon âge. En bonne santé j'espère, je pourrai rédiger tranquillement mes Mémoires - enfin sans médecin dans les pattes, comme dirait Chantal !

mercredi 18 août 2010

I had a dream

Fait un bien curieux rêve la nuit dernière. Denise et moi avions quitté Hossegor au milieu de la nuit en direction de la capitale. Ce départ semblait définitif, sans que je susse bien pourquoi. Possiblement parce que, sans même que je la visse dans mon rétroviseur, j’avais conscience – subconscience, devrais-je dire – de tirer derrière moi une lourde caravane, comme s’il se fût agit de ma maison, ou de ma vie tout entière, passée et à venir. Il pleuvait légèrement, comme en témoignait le crissement réprobateur des essuie-glaces sur le pare-brise ; réglé sur France-Inter, l’autoradio diffusait par anticipation, sans que nous en fussions  troublés le moins du monde, la mienne interview qui, je ne l'ignorais pas, ne devait se dérouler que ce matin par téléphone.

Le jour n’était pas encore levé que déjà nous roulions dans Paris, avec détermination mais sans connaissance de notre destination finale. Au bout d’un moment, apercevant simultanément une plaque de la rue de Varenne et un panneau de sens interdit, je compris que je me dirigeais à contresens vers l’hôtel de Matignon, dont l’entrée du 57 se trouvait bloquée par un 4x4 noir immatriculé dans les Pyrénées-Atlantiques, à quoi était aussi accrochée une énorme caravane. Dans la lumière des feux de détresse, j’en vis descendre la garde des sceaux, raide comme la justice, à qui un huissier venait d'ouvrir la portière. Quand j’actionnai mon avertisseur pour attirer son attention, elle sursauta et, avec la grâce glaciale qu’on lui connaît, me fit signe de circuler, comme si elle était toujours titulaire de la place Beauvau. Je baissai ma vitre en arrivant à sa hauteur, pour la prier aimablement de dégager le bateau pavé. "Casse-toi, casse-cou, tu es ici chez moi !", me lança-t-elle, avec cette façon irritante qu’elle a de mouiller la fin de tous ses mots, jusqu’à une embarrassante grossièreté parfois, sans doute involontaire. Chez elle ?!

"Jean, j’ai dit que tu dégages, je ne le répéterai pas !" me cracha la tigresse à la figure, alors que Denise m’encourageait du coude à ne pas me laisser faire. Jean ? Pour qui me prenait-elle, sans ses lunettes dans ce matin crépusculaire ? Je n’eus pas le temps de lui répondre, me retrouvant aussitôt transporté devant les colonnes du palais Bourbon, poussé par ma caravane, comme il arrive dans les rêves. Nous descendîmes, Denise et moi, pour nous dégourdir un peu les jambes et nous étirer dans la fraîcheur de l’aurore, les narines à l'affût d’un revigorant parfum d’expresso. Dans un halo désagréable, sur la plus haute marche, j’aperçus alors comme une apparition la frêle silhouette d’une petite femme revêche, dont l’index dénégateur s’agitait dans la bruine avec la frénésie d’un essuie-glace hostile. Je remontai bien vite dans ma voiture, en feignant de ne pas reconnaître cet oiseau de malheur en écharpe tricolore qui, avec une familiarité gouailleuse autant que déplacée, criaillait à tue-tête dans un terrible mégaphone : "Tire-toi, Jean, tu n’habites plus à cette adresse ! Va squatter ailleurs !"

Jean ? Alors que j’interrogeais Denise du regard, je pris tout à coup conscience que nous étions maintenant garés près de l’hôtel du Châtelet, rue de Grenelle. Nous descendîmes et marchâmes bras dessus bras dessous jusqu’à ses portes, grandes ouvertes et sans planton. Dans la cour, mon cœur se mit à battre quand j’aperçus une petite voiture aux armes du service de propreté de la mairie de Chantilly. Depuis le haut des marches, mon ami Eric, en tenue de jockey, jetait nonchalamment des cartons dans sa remorque, qu’il avait reculée jusqu’au perron. "Salut Jean, me dit-il, qu’est-ce qui t’amène ?" Je lui demandai gentiment s’il y avait bien une prise de courant et un point d’eau dans le parc à l’arrière, où installer durablement ma caravane à l’ombre. Sa réponse me réveilla en sursaut : "C’est pas possible ! Razibus ne t’a pas averti que comme moi, Jean, tu n’es pas du voyage ?"

- Le téléphone sonne, me dit alors Denise, en enfouissant un baillement réprobateur dans son oreiller plein de sommeil. Qui cela peut-il bien être à cette heure ? Tout de même pas Alain Bédouet ?

- Pas mal ! Elle y était presque ! Bonjour monsieur le Premier ministre ; Bruno Duvic à l'appareil. Bienvenue au 7/9 de France Inter !

jeudi 12 août 2010

Pensées pour moi-même

        Denise a ricané l’autre jour en me voyant glisser, dans la pochette de ma valise, les "Pensées pour moi-même" de Marc-Aurèle. Non point en raison d’un titre qui peut sembler plagier celui de ce modeste blogue, mais parce que c’est le texte original, "Ta eis eauton", que je voulais reprendre dans la douce torpeur de l’été, comme d’autres une vieille bande dessinée de leur enfance. Je dois à la vérité de dire que le grec ancien et moi nous sommes un peu perdus de vue ces dernières décennies et, ma foi, c’est à la librairie-papeterie d’Hossegor que je dois d’avoir pu pénétrer finalement les pensées de l’empereur philosophe, avec une édition de poche en langue française.  
        Heureuse époque au passage que l’Antiquité romaine, où l’on se payait le luxe de mettre sur le trône impérial un philosophe ! Je doute que parviennent au monde de la fin du quatrième millénaire – hélas ! – les fortes pensées de Razibus, même chantées par son épouse modèle à la guitare. Qui sait ? Tout se brouille ou s’évanouit au fil du temps ; peut-être les exégètes de notre petite histoire antique imagineront-ils que Françoise Hardy s’était fait souffler par Marianne les paroles de son "Voyou Voyou" dédié au président. A moins que ce ne fût par Flaubert, forgeur originel de la voyoucratie à peu près à la même époque, en 1865. 
        Mais, à mille lieues de la rumeur médiatique, dans la retraite torpide de mes pins et assuré d’un beau maroquin, je m’égare. Revenons à ce cher et pur Marcus Aurelius, parce qu’il me vaut bien. Nul n’ignore son célèbre adage sur "la perfection du caractère (qui) consiste à passer chaque journée comme si c’était la dernière,…" Qu’il me permette d’ajouter personnellement "ou la première", tant il me reste à faire pour la France et le monde, au sortir de la jeunesse et d’un interminable tunnel. Le maître poursuit pour sa part de la sorte : "…à éviter l’agitation, la torpeur et l’hypocrisie". Si l’on veut mais, soyons francs, c’est pour ne pas me mêler à l’agitation que je chéris la torpeur de l’été dont nul ne saurait m’extraire, fût-ce aux forceps !
        Qu’on ne compte pas en effet sur moi pour dire ici,  comme mon jumeau d'emprunt, un seul mot de travers sur Rikiki, dont je loue quotidiennement l’action sur nos retraites en attendant mon ministère. Quant à l’hypocrisie, mon Dieu, on peut s’il le faut lui trouver des noms plus respectables, sans qu'elle en soit moins nécessaire à la vie de nos sociétés policées, croyez-moi. Ne me parlez donc pas d’échéances ou de nationalité ! Ne prétendez pas, je vous prie, que tous les chemins de 2012 mènent aux Roms. Est-ce clair ? Vraiment, je n’y suis pour personne ! Please, do not disturb ! Que la concierge reste dans la confusion intellectuelle de sa loge, je suis moi dans l’escalier ! 
        Ma Faustine – je veux dire Denise – aime à me rassurer, qui me chipe chaque jour Marc-Aurèle pendant ma sieste, après la vaisselle et quelques rangs de tricot. Ses morceaux choisis m’agacent parfois, mais que ne pardonné-je pas à cette sainte femme digitale ! Elle reconnaît en moi, affirme-t-elle, un disciple rigoureux de l’imperator stoïque dans le miroir de tel ou tel morceau choisi. Au hasard : "Avant que tu ne parles, on doit pouvoir lire sur ton visage ce que tu vas dire." Je proteste vivement, arguant d’une pudeur quasi pathologique ? Elle évoque l’agacement que je suis incapable de celer face à des contradicteurs. Ignore-t-elle donc au prix de quel effort je me retiens de faire taire ces impertinents, quand je n’ai pas hélas le moyen de leur couper le sifflet ? 
        Et puis cette perfidie, dont je vois bien qui elle désigne : "Habitue-toi à ce que tu repousses." Non, pas ça ! c’est au-dessus de mes forces, Nisa ! Je refuse de m’habituer jamais à cette usurpatrice qui me colle aux basques jusque sur mon lieu de villégiature familiale ! Comment lui pardonnerais-je d’avoir, par son crime abominable, différé le moment où, tel Marc-Aurèle, il m’appartenait de sauver l’empire, la planète tout entière, des assauts à quoi ils étaient exposés ! Mais l’Histoire oubliera cette misérable femme ; elle retournera à ses clystères, à son plumeau, et puis à la poussière.
        De moi, les manuels scolaires retiendront la rigueur morale et la pratique sévère de la vertu, récompensées par les Françaises et les Français de leur trône suprême. Heureux engourdissement du mois d’août ! Nous fêterons dans trois jours mon anniversaire, et aussi celui de Napoléon, excusez du peu ! "Pourvou qué ça douré !", me taquine Denise, à la manière de Maria Letizia.

jeudi 8 juillet 2010

Vite !


J’ai récemment évoqué ailleurs mon peu de goût pour les réactions à chaud, au point d’exaspérer souvent par l’excès du recul et la lenteur de la réflexion. Je l’avoue, il ne m’aura pas fallu moins de trois ans pour trancher, en mon for intérieur, sur le cumul des fonctions de ministre du budget et de trésorier du parti au pouvoir. C'est que l'incompatibilité n’est pas visible à l’œil nu pour un expert, croyez-moi, même avec des demi-lunes ! Solidement épaulé par un brillant "réservoir de penseurs", je suis cependant en mesure d’affirmer aujourd’hui, sans le moindre doute, qu’elle est parfaitement incontestable, comme l’avaient prématurément claironné dès l’origine les socialistes, en des temps où leur volonté de nuire les privait déjà naturellement de toute crédibilité dans l’opinion, à leur habitude.

Je bats exagérément ma coulpe, pensez-vous ? Non, il n’est pour vous détromper que d'écouter tel ancien Premier ministre avisé, que Rikiki rêve toujours de voir enfin condamné à vivre à son crochet. Cet homme de vieille noblesse me connaît bien pour m’avoir servi jadis au Quai, sans parler d'une certaine dissolution. Dans une sienne petite phrase, aimablement mise en exergue des pages locales de notre bon quotidien régional, ne disait-il pas récemment de moi, avec une touchante indulgence : "Il fait toujours les choses avec un peu de retard mais c’est bien quand même" ? Que voulez-vous, élevé en plein air sous le soleil de plomb des Landes, j’ai gardé la lenteur prudente du paysan pris dans le cycle des saisons. "Je n’ai pas changé", comme le chantait Julio Iglesias, avec qui j'aurais un air de ressemblance, s’il faut en croire un Pétersbourgeois physionomiste en mal d'autographe.

Plus sérieusement, vient un moment où il n’est plus possible de se taire, sauf à accepter une totale déconnexion de l’actualité. Que mon ami Eric me permette donc de lui redire ici et maintenant, avec vous, ma confiance sans réserve, mon admiration intacte, ma tendre et fidèle affection. Il sait que j’ai connu comme lui le Chemin de Croix, les crachats, la réforme des retraites, la couronne d’épines, la flagellation, les quolibets. Oui, maire intègre et dévoué, très apprécié comme moi de ses administrés et de ses administrées, ministre exceptionnel à mon instar, notre excellent trésorier fait preuve jusque dans l'adversité d’une capacité d’encaissement remarquable. Est-ce là une raison pour le faire payer, lui et pas un autre ? 

Non, décidément non. Je m’en remets personnellement à la sagesse de deux vénérables octogénaires éclairés par Vauban (dont j'ai un vrai faux-air, déperruqué), pour crier avec eux à ma pie voleuse et à ses consorts : "Halte au feu !" Ayant parcouru hier soir au lit sur Internet des extraits de La Dîme royale, ouvrage visionnaire du mentor de nos deux figures de proue de la République œcuménique, Denise m’en a égrené ce matin au petit déjeuner quelques belles citations. J’en retiens une, un peu absconse, que je refuse d’interpréter comme une quelconque prophétie : "De quelque façon qu’on prenne la chose, il est certain qu’il aura toujours bien de la peine à attraper le bout de son année." Qui ? Erikiki ? Pardon, je veux dire "Rikiki ?"  Fusible toujours en première ligne, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même, sauf à se voiler encore la face ! 

Soyons francs : il n’a plus d’autre option aujourd’hui que la démission de son gouvernement, dont le chef trouverait mieux pointure à son pied à la mairie de Paris qu'à Matignon. Entre moi, j’y réfléchis depuis trois ans et c’est la conclusion à quoi je suis laborieusement parvenu, tant on voit bien que ma propre démission n’a rien réglé des problèmes de la France, bien au contraire. Oui, il est grand temps que, de toute urgence, au moment que le Président jugera opportun dans les jours qui viennent, il soit procédé au profond remaniement à quoi aspirent nos concitoyennes et nos concitoyens. Premier ministre expérimenté rompu à la tourmente, droit dans mes bottes sur la question des retraites, fort de quinze années d’un dialogue exemplaire salué par l’opposition municipale, je suis prêt à faire don de ma personne à Razibus, pour conduire un gouvernement resserré et rasséréné vers la victoire en 2012. 

Il n’est pas mauvais, en effet, que les Françaises et les Français me voient de nouveau aux affaires – disons plutôt "à l’œuvre", en ces temps sémantiquement très susceptibles –, pour décider en conscience de qui aura la charge de diriger notre pays jusqu’en 2017. "Et plus si affinités", me souffle la future première dame de France, en me caressant doucement le crâne avec son Nouvel Obs.

lundi 28 juin 2010

Le fou du roi


Au petit déjeuner, dans son palace cinq étoiles, le maire d’une capitale francophone d’Amérique du Nord m’a demandé samedi pourquoi Denise, que j’appelle Nisa dans l’intimité, n’apparaît plus jamais sous cet affectueux diminutif dans mes billets. Sincèrement, il aura fallu qu’un ami traversât l’Atlantique pour que j’en prisse moi-même conscience. N’y voyons que cette pudeur maladive qui, tel un corset d’un autre âge, contraint chez moi une âme excessivement sentimentale, pour ne montrer jamais au monde que les rictus d’une atroce douleur, imputable aux baleines et aux lacets. 

Nisa, belle Nisa, le Québec m’avait libéré, vois-tu ! Loin des turpitudes nationales, nous y étions heureux comme les Hugo à Guernesey ou les de Gaulle à Londres. Qui sait, peut-être la légende des siècles à venir retiendra-t-elle que l’exil de la Belle Province m’a inspiré les plus belles pages de mes Cerises, dans quoi on consacrera mes Châtiments ou mes Contemplations, voire mes Mémoires de (na)guère ? Mais vous, chers Québécois, sachez que j’ai le mal de vous, qui serez toujours dans mon cœur Les Travailleurs de l’Amer. 

Refermons cette parenthèse privée, ouverte à son insu par mon vieil ami canadien avec qui nous venons de fêter le vin, délieur de langues depuis la plus haute Antiquité. Et revenons aux hauts et bas de l’actualité de ces derniers jours ; tout d’abord avec, en pleine page dans notre quotidien régional, l’Annonciation de ma candidature naturelle aux législatives de 2012, reprise par toutes les agences de presse internationales. Je suis homme de parole : conformément à mon engagement électoral, cette restauration symbolique me permettra enfin de me consacrer totalement à mes administrées et à mes administrés, qui bénéficieront de surcroît de la gratuité de mes déplacements dans la capitale, désormais à la charge de l’Assemblée nationale. 

Il va sans dire que, enfin rétabli dans mes droits de législateur, c’est bien volontiers que je renoncerai à ma modeste pension de retraite parlementaire, plantée comme une arête dans le gosier de ma pie-grièche. Soyons francs : puisque, contrairement à la règle que je me suis fixée, j’évoque par exception cet oiseau nuisible, je veux dire ici mon agacement qu’une page de notre quotidien régional lui ait été complaisamment consacrée cinq jours après la mienne, avec une énorme photo en couleur alors que je n’avais eu droit qu’au noir et blanc. De qui se moque-t-on ? Qu’avons-nous à faire des aigreurs de cette harpie qui ose se prendre pour moi ? Jusques à célébrer impunément chaque année l’anniversaire de son larcin comme un fait d’armes ! Croyez-moi, la justice serait bien inspirée de s’intéresser à cette chapardeuse, plutôt qu’à une pauvre octogénaire helvétophile. On dit que cette vieille femme très généreuse, qui refuse de régler bassement ses comptes comme notre agasse, possèderait une petite île dans l’océan Indien. Si, en contravention aux règles élémentaires du savoir-vivre, il venait à l’esprit du fisc de faire main basse sur ces deux ou trois cocotiers, je pourrais demander au petit roitelet d’y exiler mon usurpatrice, en prenant bien soin de lui couper une aile. 

A propos de roitelet, j’ai eu vendredi les honneurs de France Inter dans l’une de ses émissions phares, en direct de notre grand théâtre. Denise, dont on connaît la propension à la taquinerie, me dit que j’avais l’air aussi à l’aise dans Le fou du roi qu’un fou de Bassan à la Communion de Saint-Eloi. Croit-elle vraiment que Morus bassanus refuserait la Sainte Hostie avec le dédain du héron de La Fontaine ? Allons, il mettrait comme moi sa pudeur dans sa poche, camouflé derrière son nom latin. Oui, telle une fille de joie, j’ai serré les dents et feint le plaisir à l’évocation railleuse d’une ministre de Rikiki logeant sa famille dans un appartement de fonction. Je n’allais tout de même pas couper le micro de cet humoriste, comme si nous étions à la mairie ! Ou bien pleurer son limogeage, alors que j'ai moi-même dû "démissionner" naguère sans même m’être vertement attaqué, comme lui, au fondement du rikikisme. Je me suis donc fendu d’une éternelle citation de Voltaire, comme dans un grand oral de Science Po ou de l’ENA : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire." Sauf en conseil municipal, évidemment.

mercredi 16 juin 2010

Les voix du Seigneur


En plein désarroi, dans un récent billet, je caressais vaguement l’idée de rejoindre un parti chrétien-démocrate. A la faveur d’une navrante actualité, me revient aujourd’hui qu’il en est un tout près, dans l’orbite du grand mouvement populaire dont je suis le père incontesté. Je confesse (mon Dieu ! Ce vilain mot de dessous la ceinture ne condamne-t-il pas à soi seul la langue vulgaire !) qu’il m’était totalement sorti de l’esprit ! Je veux parler de la formation confidentielle d’une pieuse femme, consulteur du conseil pontifical pour la famille à la curie romaine, et aussi éphémère collègue de second rang dans le premier gouvernement de Rikiki. Au logement peut-être, à moins qu’il ne s’agît de la ville ; c’est déjà si loin… 

Soyons francs : l’affaire qui met cette Christine sous le feu d’enfer des projecteurs me révulse. Comment, tenant son chapelet d’une main, peut-on contrevenir aussi cupidement de l’autre au message social de l'Église ? Auri sacra fames ! Une femme qui accepte d’être payée pour un rapport, cela porte un nom, que diable ! Qu’on ne compte pas sur moi pour l’écrire ici, même si celle-là fut à sa manière députée ! Feignant de me rappeler que "droit" se dit "jus" en latin, un éminent éligien raillait hier devant moi la pécheresse : "Souvenez-vous des versets de Jean et de Matthieu contre la cupidité ! Devons-nous demeurer les bras ballants, monsieur le maire, quand le droit canon menace de tourner en jus de Boutin !" 

Certes, il faut bien avouer que cette missionnaire est dans une position délicate. Cela dit, où Razibus avait-il donc la tête quand il lui a confié de réfléchir aux conséquences sociales de la mondialisation, pour éclairer le prochain G20 dont il prétend être le chef d’orchestre, tel Louis de Funès dans  La Grande Vadrouille ? Franchement, autant me demander à moi de lui recoudre un bouton ! Chacun à sa place selon ses compétences, bon sang de bois ! Comme dit Denise, la petite dame est sûrement pour sa part très bonne couturière, mais de là à ravauder un tissu social déchiré par la globalisation, il y a tout de même un pas qu’elle aura du mal à franchir. Et, dans ce domaine, j’ai la faiblesse de me prétendre plus apte à la haute-couture qu’une petite main, fût-elle trempée chaque matin dans un bénitier. Pauvre cousette !

Lâchons-nous. Ce qui me fait vraiment sortir de mes gonds, pour tout dire, c’est cette retraite de députée en sus des gages de missionnaire et de conseillère générale ! En ces temps difficiles où, grâce à une réforme juste et ambitieuse, tel Charles Martel le gouvernement repousse courageusement l’âge de la retraite, il me paraît inadmissible qu’un homme ou une femme politique puisse indécemment cumuler une ou plusieurs pensions de l'État avec divers appointements. Sans être mauvaise langue, cela me rappelle un ancien Premier ministre dont je tairai pudiquement le nom qui, en son temps, prit bien avant soixante ans sa retraite de haut fonctionnaire, qu’il cumule aujourd’hui, m’assure-t-on, avec celle de député et quelques autres émoluments. Parce que la République est un Temple sacré, il faudrait faire "un fouet avec des cordes"  et en chasser tous ces politiciens comme Jésus les marchands ! 

Cela dit, je crois plus à la rémission des péchés qu’à la mission de l’ancienne députée des Yvelines. Qu’elle soit donc pardonnée, comme le fut Marie de Magdala, et sans doute aussi Judas,  acheté pour trente deniers ! Battant gracieusement sa coulpe, notre Christine a renoncé dans la foulée à accompagner madame Yade dans le township de Dam Se Bos à Knysna, où elle envisageait opportunément, me rapporte-t-on, d’étudier les méfaits de la mondialisation sur les populations défavorisées d’Afrique du Sud. Qu’elle se rassure : étant destiné au G20, son rapport finira bien de toute façon dans un hôtel cinq étoiles. A la corbeille.

Sur les conseils de Denise, lui ai chrétiennement adressé ce matin un petit mot gentil au dos d’une image pieuse de Saint-Grégoire. J'y évoque le souvenir affectueux de son engagement gouvernemental pour le développement durable (aucun souvenir, à vrai dire, mais j'ai lu cela dans  sa biographie, ça ne mange pas de pain). Rendez-vous compte, elle avait tout de même fait 339 112 voix à l’élection présidentielle de 2002 ! Ce n'est pas rien et, entre nous, je pourrais bien en avoir besoin dix ans plus tard.

mercredi 2 juin 2010

Détendu comme un arc


2013-2016. Bravo ! Grâce à ma pugnacité, ce ne sont que trois petites années supplémentaires que devra finalement attendre notre ville pour être consacrée capitale européenne, effaçant ainsi la gifle cuisante d’une poignée de juges iniques chez qui, en 2008, la partialité le disputait à l’incompétence. Soyons clair : c’est bien de culture que je parle ici, le football ayant acquis au XXIe siècle, dans nos cités, un statut culturel jadis dévolu aux arts et à la littérature, qu’il va bientôt du reste remplacer dans nos écoles, si l’on en croit les projets de Razibus pour ne laisser personne sur la touche. Dimension culturelle mais aussi cultuelle, disons-le tout net, tant les vrais dieux du stade courent en short derrière un ballon rond, plutôt que de s’exhiber indécemment dans des calendriers, tels des rugbymen.  

Ainsi donc encore une fois, j’ai gagné ! Quelle jouissance ! Nul ne pourra plus désormais contester dans cette métropole l’érection d’un immense complexe culturel durable, où accueillir dignement équipes et supporteurs de l’Euro 2016, qu’il s’agisse des rencontres sur l’herbe ou du repos tarifé nécessaire à ces valeureux guerriers, tireurs de coups francs légendaires. Personnellement, c’est avec gourmandise que j’attends  la reddition du grand manitou départemental quand, la tête basse comme un bourgeois de Calais, il me remettra bientôt sur un coussin de velours les clés de son coffre-fort. C’est qu’il va bien falloir qu’il avale la pilule celui-là, même s’il résiste encore avec la détermination d’une marcheuse de rue "Pour la vie", comme nous en avons vu défiler samedi sous nos croisées. 

Dimanche, en me claquant la bise au prétexte de la fête des maires, une vieille dame duveteuse, admiratrice de mon prédécesseur au nom de stade, s’inquiétait de savoir ce que j’allais faire de notre antique pelouse art déco des boulevards, qu’elle aurait vu construire et inaugurer en 1938. Quand je l’ai rassurée, prétendant avoir cinq projets sous le coude, elle m’a curieusement répondu : "Eh bé, moi qui croyais que c’était sur le dos !" Que voulait-elle dire ? Le cerveau humain est hélas, avec le temps, aussi poreux que le béton des stades. Le Général avait raison, "la vieillesse est un naufrage !" J’ai continué de serrer des mains, renonçant à présenter à cette mamie confuse le seul projet auquel je tinsse, par fidélité au message social de l’Eglise. Le voici, en toute confidence. 

J’ai rappelé dans mon dernier billet le pourcentage impressionnant d’administrés vivant au-dessous du seuil de pauvreté dans cette capitale du Far-West européen. Soyons francs : vingt-cinq pour cent, cela fait déjà du monde ! Je proposerai donc bientôt au conseil municipal de dévoluer en l’état notre vieux stade sans emploi aux chômeurs en fin de droits. Sur simple présentation d’une attestation auprès des services sociaux de la mairie, ils se verront allouer une petite parcelle de terrain, jardinet sympathique où faire pousser leurs légumes et élever quelques lapins et quelques poules. 

S’ils le souhaitent, les moins affamés des allocataires auront la possibilité de vendre leurs surplus à la sauvette, sans droit de place ou autre redevance. Les sans-abri seront par ailleurs incités à s’installer durablement sur les gradins couverts, en personnalisant s'il le souhaitent leur espace intime. Il va sans dire que l’accès aux anciennes douches des joueurs leur sera accessible gratuitement une fois par semaine. Denise me suggère de médiatiser cette opération au niveau national, en organisant des visites guidées de ce modèle de reconversion sociale d'un patrimoine municipal, dont ne manqueront pas de s’inspirer d’autres métropoles d’Europe et du monde. Une idée à retenir pour notre prochaine biennale.

On appréciera, je l’espère, ce billet serein, positif et charitable, dont le ton apaisé - j'ai tenu promesse Denise ! - n’est en rien celui d’un homme à bout de nerfs, comme j’ai pu le lire avec stupeur dans notre quotidien local, hélas de plus en plus sous la coupe d’une opposition vipérine. En quoi, franchement, m’ont-ils vu plus agacé que de coutume au conseil de lundi, ces socialistes qui entendaient le transformer en procès de Moscou ? Admettront-ils un jour que je n’aie de comptes à rendre qu’à ma conscience ? Croyez-moi, je n’ai pas dès le premier tour, en 2008, écrasé la liste de Roussy pour être sans arrêt soumis à la question ordinaire de cette inquisition croupion, misérablement relayée par une pie-grièche et revêche qui, cet après-midi même, a eu le toupet de m’attaquer devant les caméras du palais Bourbon, où je n’ai pas mis les pieds depuis trois ans ! C’est tellement plus simple que de m’écrire ou de me dire les choses en face ! Mais je reste calme... Très calme. Non, je ne pèterai pas un câble ! Bon sang de bois, si l’opposition ne me lâche pas les basques, je le jure, je suis prêt à célébrer la prochaine séance du conseil à l’ancienne, le dos tourné à la salle ! Avec mon Gaffiot. Cool, Raoul. Cool.