samedi 10 septembre 2011
Pour moi la vie va commencer
Si j’en crois cette chère Denise, on m’accuserait d’avoir sciemment oublié d’aborder ici un sujet d’actualité, au prétexte qu’il me mettrait personnellement mal à l’aise. Je veux parler de l’anosognosie, récemment popularisée par les absences répétées d’un ancien président de la République, auteur de célèbres mémoires dont curieusement personne n’avait remarqué les trous. Pour couper court à ces accusations calomnieuses, je tiens à évoquer aujourd’hui dans le détail, sans tabou, ce trouble neuropsychologique à quoi la classe politique paie, sans en avoir toujours bien conscience, un très lourd tribut.
De quoi s’agit-il ? Frappé d’anosognosie, m’explique un vieil ami du CHU, l’individu perd toute conscience de son état, même grave ; il ignore être atteint d’une perte de capacité fonctionnelle, fût-il aveugle ou hémiplégique. S’il a perdu une jambe ou son siège à l’Assemblée nationale, on dit qu’il prétend continuer de marcher ou de siéger, dans le déni total de sa prothèse ou de la personne qui l’a battu aux législatives. Incapable de percevoir qu’il a perdu une fonction cognitive ou élective, il peut aussi être victime du syndrome de l’héminégligence gauche, caractéristique d’une affection qu’on ne saurait circonscrire à l’hémicycle.
Qu’est-ce qu’un sujet héminégligent, me demandera-t-on ? Eh bien, aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est un individu qui ne fait plus attention aux parties gauches des objets de son environnement, voire de son propre corps. Ainsi peut-il ne chausser que son pied droit, ne manger que la partie droite de son assiette, heurter son côté gauche à l'embrasure des portes, ou bien encore être totalement sourd aux arguments de la gauche dans un hémicycle ou une salle de conseil municipal, etc. On reconnaît aussi l’anosognosique à l’annonce répétitive des décisions qu’il a prises. Il est par exemple capable de convoquer chaque semaine la presse pour lui déclarer à nouveau sa candidature à tel scrutin ou à tel autre, secret qu'il semble paradoxalement être le seul à ignorer. C’est donc bien injustement qu’on essaie trop souvent de le faire passer pour un radoteur un peu saoulant ou un obsessionnel assoiffé de revanche.
Soyons francs : souffrir à son insu de cette troublante affection n’offre cependant pas que des inconvénients dans la vie, notamment en politique. Si elle donne à l’électeur attentif une impression erronée de versatilité, l’amnésie rétrograde partielle inconsciente n’explique pas moins en effet que certains élus se contredisent en toute honnêteté, parfaitement ignorants de leur position antérieure. Dans les amphis, en science politique comme en médecine, on cite souvent à ce propos tel grand maire de province réputé osciller, avec une égale sincérité, entre le serment répété d’une ascèse municipale absolue et l’abandon récurrent à la tentation ministérielle. Contrairement pourtant aux apparences, l’anosognosique n’est jamais infidèle à sa parole : c’est toujours elle qui se dérobe et s'évanouit dans la nature !
Nonobstant l’intérêt de cette fascinante pathologie de l’absence, je m’en voudrais de clore le présent billet sans évoquer ce qui devait originellement en constituer le corps : la formidable standing ovation des jeunes pop’ à mon arrivée sur le campus de Marseille, il y a tout juste une semaine ! Nul n’ignore qu’ils m’ont accueilli à notre université d’été comme une véritable star, avec la ferveur de fans exaltés par un concert de Johnny ! Mon Dieu, quelle émotion ! Pour les remercier de leur admiration, folle envie de leur chanter en retour « Pour moi la vie va commencer » ou « Be bop a Lula » (le croirez-vous, certains m'ont assuré me tenir pour le Lula français !)… Benoîte impression d’être le Pape aux JMJ de Madrid ! Gloire à toi, jeunesse mature, lucide et enthousiaste qui honore dans la joie l’auteur-interprète du chant libyen de la Liberté ! Hosanna ! Oui, grâce à toi, jeunesse de France, fort de ta foi, de ta force et de ton soutien, j’ai enfin depuis dimanche l’absolue certitude de conserver mon siège au Parlement en juin 2012 !
vendredi 2 septembre 2011
Le rivage de Syrte
La tente de cette Histoire, c’est bien sûr celle qu’un bédouin despotique avait exigé de planter en 2007 dans le parc de l’hôtel de Marigny, en plein Paris, à deux pas de l’Elysée. Là même où le grand Razibus a présenté hier notre nouvelle Lybie aux représentants émerveillés de soixante pays, pour exorciser le lieu et le quinquennat du fantôme insaisissable de l’ignoble déchu du rikikisme. Telle une anguille dans la mer des Sargasses, on dit l'obstiné tyran retranché aujourd'hui à Syrte, sa malheureuse ville natale, qui toujours résiste à des forces rebelles grâce à nous maîtresses du pays. La fin du roman de l’attente, c’est donc désormais la longue semaine dans quoi se prolonge officiellement l’ultimatum lancé à Syrte pour sa reddition pacifique, s’il le faut par les armes.
Dans un curieux rêve la nuit dernière, en pyjama de camouflage, j’observais depuis une barque immobile le rivage lointain de cette ville endormie, qu’éclairaient à peine quelques lueurs vacillantes et silencieuses. Alors que le jour se levait, me parvint affaiblie une voix de muezzin – celle de Gracq, emphatique, comme sortie d’un haut-parleur : « Le rassurant de l’équilibre, entendis-je dans un grésillement nasillard, c’est que rien ne bouge. Le vrai de l’équilibre, c’est qu’il suffit d’un souffle pour faire tout bouger »*. Aussitôt secoué par Denise qui craignait un malaise, inquiète de m’entendre souffler comme une baleine dans mon sommeil ! « As-tu passé ta nuit avec Katia ? », me demanda-t-elle au petit déjeuner en me tendant le journal avec malice. Katia ? La maîtresse qui convainquit Alexandre II, pour son malheur, d’octroyer une nouvelle constitution à la Russie ? Ah ! sublime Danielle Darrieux dans le film de Tourneur ! Non, une nouvelle houle cyclonique sur les Antilles ! Autant en emporte le vent de l'Histoire...
A ce propos, je n'oublie pas que le long roman de l'attente, c’est aussi en ce moment celui des tribus du désert socialiste pour le choix d'un candidat à la présidentielle, dans un processus original dont je ne saurais trop conseiller au Conseil National de Transition libyen de s'inspirer, pour en prendre de la graine. Soyons francs : si, au sortir de l’ENA, j’avais choisi de m’engager à gauche plutôt qu'aux côtés du Général, comme m’y prédisposait sans doute déjà une profonde adhésion au message social de l’Église, il me plaît d’imaginer que je caracolerais aujourd’hui allègrement en tête de la primaire socialiste, loin devant les tocards et les tocardes qui prétendent me détrôner au travers de l’actuel président de la République. Qui sait du reste si, dans leurs rangs, je n’eusse pas moi-même battu le géant, l’énorme Rikiki en 2007 ? A défaut, au moins aurais-je été leur candidat naturel sur la deuxième circonscription, sans avoir à subir l’humiliation d’une dermatologue cynophile qui, non contente de me donner des boutons, rêve par-dessus le marché que je lui passe de la pommade !
Au lieu de quoi j’ai passé ma vie à attendre, à ramer, à espérer toujours dans mes voiles le moindre souffle de l’Histoire – celui-là même que j’offre aux Libyens sur un plateau, sans qu’il ait jamais daigné me pousser moi-même jusqu'au point culminant du pouvoir ! Ô mirages ! Faute d'alizés, j’ai raté le dernier virage vers l'ultime rivage : l’Elysée ! Qu’on me fasse au moins justice en dehors d’un prétoire : en des temps où l’on se souciait peu de vérifier les fadettes, j’ai payé sans broncher des factures qui n’étaient pas toujours les miennes. Sans un gémissement, je me suis laissé mettre en croix, dans un fol espoir de résurrection ! Alors, rassuré d'être dans le vrai, où trouver aujourd'hui mieux qu’en Libye la force d’attendre encore, de prétendre, de croire, de faire croire que je sais « pour quoi désormais le décor est planté » ?**
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*Marino à Aldo, Le Rivage des Syrtes.
**« …et je savais pour quoi désormais le décor était planté. », phrase finale du Rivage des Syrtes.
jeudi 18 août 2011
De fil en aiguille
16 août. Fêté hier dans l’intimité familiale mon soixante-sixième anniversaire. Deux tiers de siècle, autant dire d’une vie devant soi, à peine entr’ouverte – ajar en anglais, m’apprit en cinquième un correspondant britannique, prénommé je crois Gary… Qu'est-il devenu ? Né le jour de l’Assomption, j’ai donc atteint déjà deux fois l’âge terrestre du Fils de la Vierge, monté lui-même au Père comme on sait à l’Ascension. Ne prétends pas à sa notoriété planétaire dans deux mille ans, mais au moins Dieu m’aura-t-il accordé plus de temps qu'à Lui pour que demain, peut-être, à mi-chemin du millénaire, l’humanité reconnaissante me sût encore gré d’avoir ma vie durant œuvré sans relâche à la paix universelle. Puissent les générations à venir garder quelques rudiments d’orthographe, remarque Denise, pour ne me point faire entrer un jour au Panthéon comme acteur infatigable de la paix du Saigneur ! Cela dit, il me reste encore trois décennies pour démontrer au président syrien que même un bon ophtalmo ne saurait reprendre impunément sans CAP la boucherie paternelle. Sa responsabilité est aveuglante : il sait que je l’ai à l’œil !
A propos de chair à canon, longtemps je me suis couché sans bonheur, inquiet du goût mystérieux de l’Église pour la viande humaine, dangereuse source de péché curieusement promise aux félicités de la Résurrection éternelle. Fût-elle Immaculée, je ne pouvais comprendre pourquoi Dieu avait laissé à Jésus et à Marie leur Chair humaine pour Le rejoindre au Royaume des Cieux. Telle une montgolfière interdite de délestage, comment l’âme la plus légère pourrait-elle ainsi être arrachée définitivement à ce monde, me demandais-je ? Enfant épouvanté de Newton et d’Adam soumis aux lois complexes de la pomme originelle, je luttais désespérément la nuit contre le sommeil, guettant la chute de la Mère et du Fils sur les tuiles de notre demeure, telles des météorites auréolées qui allaient nous réduire en compote.
17 août au petit matin. Dehors sur un banc d’une pâleur sélène, éclaté de rire dans la nuit en repensant à la déclaration de Rikiki hier, dans son numéro de duettiste amateur avec la chancelière – Notre-Dame de la Stricte Observance ! Tient-il du miracle ou du ridicule, feignais-je de m’interroger, qu’un lustre présidentiel entamé dans la débauche et les paillettes du siècle se termine, pour notre République déboussolée, dans la promesse d’un ordre régulier propre à reléguer les plus intégristes des cisterciens en troisième division monastique ? Petit moine-soldat aux goussets retournés, l’enfant prodigue sur le retour prétend pourtant imposer à tous les États de la zone euro d'introduire sans vaseline dans leurs évangiles sa règle d’or, exhibée comme une nouvelle Rolex.
A la manière de ces petites barres de mauvais chocolat de mon enfance qu’enveloppait un joli papier doré, gageons que sa règle miraculeuse fondra bientôt dans sa poche, oubliée sous quelque mouchoir. Soyons francs : je ne la voterai pas si d’aventure elle atteint jusqu’au palais des Congrès de Versailles ! Razibus est du reste conscient que, Premier ministre en mai pour consacrer sa victoire, je ne ferai pas grand cas de cette lourde enluminure teutonne dans ma déclaration de politique générale. Comme nous l’enseigne en effet une façon de proverbe landais, « quand la règle dort, seul l’idiot du village la réveille pour se faire taper sur les doigts ». Rassurons-nous : fidèle à sa grammaire révolutionnaire, la France sera toujours l’exception qui confirme la règle. Nos maîtres n'ont-ils pas su de tout temps l'admettre dans leur notation ?
18 août. Texto d’un ami hier soir au coucher, qui s’inquiétait que je n’aie pas ré-annoncé depuis au moins quinze jours ma candidature aux législatives sur la deuxième circonscription… Ne suis pas dupe de sa taquinerie ! Lui ai répondu ceci, sans montrer d’agacement : « Rossini soit qui mal y pense ! » Il eût été trop heureux que j’évoquasse ce rêve bizarre dans la nuit de dimanche à lundi : cousant un linceul au point de croix, ma sainte patronne m’y est apparue dans un halo, assise sur mon siège à l’Assemblée : « Souviens-toi mon fils, me dit-elle en levant les yeux de son ouvrage par-dessus ses demi-lunes, pas plus qu’un pape une femme ne peut être à la fois pie et impie ! » Petite et menue, l'étrange Piéta à la douceur feinte, trahie par une voix railleuse, me rappelait vaguement quelqu’un sous son voile, dans cette nuit de ramadan. Mais qui diable ? Qui ? Et pourquoi ces travaux d’aiguille dans l'hémicycle ? Curieux songe d'une nuit d'été...
lundi 1 août 2011
La faim de la nuit
Morphée insensible aux bananes... Fait tourner de l’index sur le bureau mon vieux globe grinçant d’écolier, cadeau de mes parents à l'entrée en sixième. Prendre un jour le temps d’en changer l’ampoule, grillée depuis des décennies, et peut-être aussi la prise (trouve-t-on seulement encore des ampoules à baïonnette ? Sans doute disparues, comme les fusils. Quelle époque !). Arrêt sur la corne de l’Afrique, épais continent monocéros, mais sans la grâce de la licorne. Fermé les yeux… Défilé d'images muettes, enfants faméliques boudant le flasque sein maternel, mouches asticotantes, etc. Et puis cette interrogation traversant mon esprit comme une baïonnette dans la nuit : la faim justifie-t-elle les moyens ? Troublante homonymie : avons-nous encore les moyens de combattre la famine en dehors de nos frontières ? Soyons francs : le service de la dette n’est pas un service de table, et les matons des agences de notation nous ont à l’œil (Standard se moque bien que Poor meure de faim !). Si, guidant le peuple, notre Liberté a jadis tendu généreusement sa mamelle au monde, ce cher et vieux pays n’est guère plus aujourd’hui qu’une nourrice sèche et sans le sou. Encore faim ; mangé un quignon de baguette avant de me recoucher pour rien (oui, ramassé les miettes, Denise !).
Rien à voir, mais s’éclaire ce matin le probable objet de mon énervement nocturne. Une de ces sales infos du net dont le seul but est de souiller la réputation des gens honnêtes. Celle-là, affamée de scandale, s’en prenait à ce qu’elle nomme mes « frais de bouche », prétendument beaucoup plus élevés que dans les autres grandes villes de France. Même pas par habitant le prix d’un big mac-Coca, imaginez un peu la dépense ! A peine plus d'un million d’euros inscrits au budget municipal en 2011 ! A ce train de vie-là, croyez-moi, il faudrait deux cents ans pour atteindre le coût d’un grand stade ! Frais de bouche ? A-t-on seulement pensé qu'il y a là-dedans la bouche de Noël de nos pauvres ? 25% de notre population tout de même, qu'on me reproche assez ! Voudrait-on que je leur refusasse ma table ? « Frais » de bouche, eux, avec leur haleine de chacal ! N'importe quoi ! Vous parie que dans la foulée les médias pointeront demain nos « frais de Bush » en Afghanistan et, bien sûr, en Lubie - je veux dire en Libye ! Honnêtement, me voit-on, moi, bouche cousue à la tribune de l'ONU pour que la France arrête les frais ?
Tout à fait entre moi, sur ce coup-là, n’en commence pas moins à trouver le conflit trop durable, et même – comment dire ? – carrément… longuet : suivez mon regard ! Impérativement besoin en effet de me concentrer à la rentrée sur un autre terrain d’opérations, plus proche et autrement décisif d’un point de vue géostratégique. Créé l’événement la semaine dernière dans la presse, en annonçant pour la énième fois que je conduirai crânement la bataille de la reconquête législative en 2012, au cas où on l'aurait oublié ! On a aussitôt parlé de revanche, état d’esprit dont même mes adversaires les plus coriaces conviennent qu’il m’est totalement étranger. Non, comme ces paysans d’Europe orientale spoliés de leurs terres par le communisme, j’entends faire reconnaître mon titre de propriété à l’Assemblée nationale, voilà tout. Ce pour quoi il faut bien déloger une certaine agasse qui y joue impunément les coucous, sans avoir seulement jamais pondu un œuf depuis 2007 ! Ma petite garde municipale est fin prête – oh, bien modeste avec une centaine d'engagés ! – Déterminée, déjà elle s’est trouvé un joli nom de guerre : le bataillon du Génie ! Quatre ans que j’attends ça : je n’en dors plus ! En attendant les voix, grignoterais bien un petit quelque chose...
samedi 16 juillet 2011
La mélodie du feu
Les gens écoutent-ils jamais ce qu’on leur dit ? Alors que j’évoquais ma pie avec agacement il y a quelques jours, une amie me demanda pourquoi ma voiture n’était pas équipée d’un GPS, façon TomTom, ma pie étant réputée désorienter son monde. Comprenne qui pourra… Ce que je tentais seulement d’exprimer, c’est mon exaspération face aux attaques incessantes de cette agasse sur son blogue, qui semble n’avoir rien d’autre à faire que d’y jacasser nuit et jour à tout venant ! Ne fussé-je point trop occupé pour ma part, je me ferais volontiers l’Octave Mirbeau de cette misérable Célestine ! Qui lui dira jamais que n’écrit pas qui veut « Le journal d’une femme de chambre » ? Il me tarde qu’on lui donne ses huit jours en 2012, pour qu’enfin elle retourne à la poussière qu'elle m'a fait mordre ! N’est-ce pas après tout ce à quoi on paie les chambrières ? Soyons francs : il est grand temps que la nôtre lâche sa plume pour le plumeau !
A propos de Mirbeau, un conseiller m’assure qu’il serait l’auteur d’un adage qu’on attribue erronément à Einstein : « Le plus grand danger de la bombe est dans l’explosion de bêtise qu’elle provoque. » Je le crois bien volontiers, harcelé que je suis par une poignée d’opposants indécrottables à notre combat pour la paix, dans le ciel de Libye comme dans les montagnes d’Afghanistan ou ailleurs. Que voulez-vous, il se trouvera toujours des rustres et des aigris pour demeurer insensibles à « la mélodie du feu », si je puis me permettre de reprendre ici le clin d’œil-hommage de notre quotidien régional au lendemain du 14 juillet. Au nom de la Nation, je remercie pour leurs prouesses pyrotechniques nos brillants artificiers, civils et militaires. Oui, cette éclatante petite musique, nous sommes résolus à continuer de la faire entendre au monde, y compris pendant le ramadan dont, au-delà du jeûne diurne, on ne doit pas oublier la dimension chaleureuse, fraternelle, conviviale et festive.
Soucieux de ne point heurter la foi de nos frères musulmans, nous avons bien sûr pris l’assurance qu'absolument rien, dans le Coran, n’imposerait que nous fissions taire en août nos armes. Ainsi nos tirs, comme les bébés, les femmes enceintes et les malades, pourront-ils continuer d’être nourris normalement entre le lever et le coucher du soleil. Sans parler de tel chien hargneux dans l'attente, à qui nous avons promis une belle pâtée ! A propos de chien, me réjouis que, débudgétisé, notre jeune et fringant ministre de l’économie et des finances s’engage à supprimer de nouvelles niches, pour la réduction de notre déficit. Cela dit, je lui souhaite que ses niches soient plus faciles à démolir qu’une maison du marin et un garage, où l’on montre aussi les crocs !
Qui eût cru en effet que le ramdam de notre agassante Célestine pût mettre en péril mon beau projet de parking ! Eh bien, par un prompt renfort, voilà qu’elle traîne déjà à ses basques une meute aboyante de plus de huit cents pétitionnaires ! Ce n’est pas Rodrigue arrivant au port, me direz-vous !... Certes, mais il a suffi de la moitié seulement de ce ridicule bataillon pour que ma pie aille nicher dans mon siège parisien en 2007 ! Jouant très serré, je n’ai donc pas le choix : après le grand contournement, un grand retournement s’impose, que nous maquillerons en initiative. Éventuellement, je signerai moi-même la pétition ou la ferai parapher par Denise pour revendiquer la victoire, en donnant pour cible expiatoire aux râleurs mon pauvre brouillon cube. Un siège nommé désir : au diable le tramway !
On me reproche d'évoquer de moins en moins notre grand Rikiki sur ce blogue. C’est que, comme je l’ai récemment rappelé à des amis journalistes, nous vivons ensemble une incroyable lune de miel, inimaginable il y a encore quelques mois à peine ! L’un et l’autre de nature très pudique, nous ne souhaitons pas étaler cette intime et forte communion dans les médias. Cela dit, je suis devenu tellement indispensable à Razibus qu’il pourrait bien me proposer Matignon au printemps prochain, après sa réélection qu’on sent déjà sourdre dans les sondages. « Tu trouves pas que nous deux, hein, on fait une sacrée belle paire ? », me confiait-il virilement en aparté mercredi après le conseil des ministres. Il ajouta crânement, avec ce sens inné de la poésie qui le caractérise : « Quand même, quelqu’un qui m’aurait dit que j’me pacs'rais un jour avec un type qui s'balade dehors en sous-tifs ! » Voudrait-il que je m’attifasse d’une moumoute ?! Me suis bien gardé de lui rétorquer que, contrairement à son prédécesseur hollandophone, il aurait du mal à me faire porter le chapeau !
samedi 2 juillet 2011
Les nœuds du mariage
« J’étais debout, près du deuxième pilier, à droite, du côté de la sacristie. Les enfants de la maîtrise étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. En un instant mon cœur fut touché et je crus ». Beaucoup pensé depuis quelques jours à la fulgurante « visitation » de Claudel à Notre-Dame. Croirez-vous que la même chose vient en effet de m’arriver à la lecture d’un sondage de Ouest France Dimanche, parcouru avec la curiosité incrédule qui, à dix-huit ans, avait attiré aux vêpres de Noël le futur auteur de « L’Annonce faite à Marie » ! Oui, dans une incroyable lumière, m’est soudain apparue l’évidence de l’union des couples homosexuels, dans une totale égalité de droits avec les couples ordinaires : enfant de Marie, j’ai cru !
Sur les travées les plus sinistres de l’Assemblée nationale, me rapporte Denise, on ne m’en reproche pas moins d’avoir été aussi sourd qu’un disciple d’Onan au débat sur cette question cruciale, voire favorable à l’exécution sommaire par la majorité du projet de loi homophile des socialistes. C’est me faire un bien mauvais procès puisque Dieu ne m’avait point encore touché alors de sa Grâce, ayant négligé de m’informer que 63% des Françaises et des Français étaient favorables à cette nécessaire évolution de notre droit. Sans doute craignait-Il que, prématurément mis au parfum, je ne servisse les desseins néfastes du diable et de ma pie voleuse, déjà conjointement occupés à la prorogation du faux contrat de mariage de l’agasse avec ma circonscription.
On notera à ce propos que si, depuis ma brutale illumination et mon changement de lunettes, je milite au grand jour pour la légalisation de l’union des personnes de même sexe, reconnues comme des conjoints, je ne suis pas pour autant prêt à prendre leurs nœuds pour ceux du mariage. Soyons francs et appelons un chat un chat : cette institution est depuis la nuit des temps l’union d’un homme et d’une femme pour donner des enfants à la patrie, non pour en recevoir d’elle. Tout autre assemblage n’étant pas de même nature, il me semblerait plus correct qu’on lui trouvât un autre nom. Alliance ? Partenariat ? Double dames ou double messieurs ? Je ne saurais le dire, étant aussi dépourvu d’imagination que piètre tennisman. Plutôt que de légiférer dans la précipitation, faisons donc preuve de courage en prenant soin de sonder sur ce point les Françaises et les Français.
Un dernier mot au chapitre du mariage : il n’aura échappé à personne qu’après avoir toujours fait ses petites affaires entre hommes, le FMI a enfin décidé mardi dernier de prendre femme. Lallouette s’est aussitôt envolée pour convoler le 5 juillet en justes noces à Washington. Bon débarras ! Au passage, a-t-on pris soin de remarquer que sa nomination est précisément intervenue le 28 juin ou, comme on dit plutôt en ces temps numériques, le 28.06 ? Ce parfait timing est bien la preuve que, comme au Sofitel, on ne manque pas de « suite » dans les idées à l’Elysée, où ce mariage semble bien avoir été arrangé, sinon forcé… J’ai évidemment adressé de chaleureuses félicitations à l’heureuse élue. « Il y a des gens qui réussissent à cacher même leur hypocrisie », m’a taquiné Denise, citant je crois Paul Claudel dans son journal. Il ne me souvient pas d’avoir jamais brillé dans les parties de cache-cache ; cela dit, je n’avais guère dans mon enfance que des pins étiques derrière quoi tenter de me dissimuler !
A propos de Claudel, que ne fréquentent plus guère hélas nos gens de théâtre, je ne serais pas étonné que des Talibans lettrés le lisent encore à Kaboul, où « L’Otage » et « L’Échange » doivent figurer en bonne place dans la vitrine des libraires, à défaut de s'y donner en spectacle. Cette remarque pour signaler que Rikiki m’aurait trouvé récemment un nouveau sobriquet qui m’oblige : Liberator. Les rebelles libyens en ont, me dit-on, l’arme à l’œil, et un procureur new-yorkais prendrait les devants, de peur que je ne vinsse libérer moi-même son prestigieux otage. Le cœur de mon combat n’est pas cependant dans ces petits exercices d’échauffement. Tel le Général à Londres, je travaille depuis quatre ans sans défaillance à une Libération majuscule : celle d’une pauvre femme prise en otage, il y a près de quinze cents jours, par une poignée d’électrices et d’électeurs rebelles de ma circonscription législative. Depuis le début de son interminable détention au parlement, il ne s’est pas passé un jour que je ne pense à elle. Si ce billet lui parvient, qu’elle sache que Liberator tient toujours ses promesses : elle sera rendue à son mari et à son chien en 2012 ! « En souliers de Satan », m’interroge Denise ? Allez savoir... Le pire n’est pas toujours sûr…
jeudi 23 juin 2011
L'éclaireur
Quelles nouvelles vous bailler en cette semaine un peu morne, où je n'ai mis le nez dehors que lundi pour me rendre à Luxembourg ? Non, non, pas à Radio Luxembourg pour me dégourdir les jambes, mais bien dans la capitale du Grand-duché où m’appelait un Conseil des Affaires étrangères. Pas de quoi fouetter un chat ou sortir mes bas de contention de l’armoire, vous en conviendrez ! A vrai dire, ce surplace fut plutôt une aubaine car, entre le fleuve et le vin, j’avais sans doute fait un peu trop la bombe au week-end. On aura compris que je n’évoque pas là les opérations tripolitaines de nos vaillants soldats mais bien les bacchanales municipales du solstice, dans quoi j’ai dû feindre le plaisir avec mes administrées et mes administrés. Une escapade forcée qui a contraint mon homologue allemand à me rejoindre dans cette ennuyeuse province, pour y survoler avec moi, un verre de cidre à la main en lieu de bière, les pauvres affaires de l’Europe et du monde.
Puisque César ne venait pas à eux en cette semaine casanière, certains grands de la planète sont venus eux-mêmes à César. Aussi, après avoir vu défiler mes homologues québécois et polonais, un ancien Premier ministre israélien désormais en position de défense et ce bon vieux Poutine, n’ai pas eu mardi soir le courage d’affronter la nuit parisienne pour y fêter enfin la musique, comme promis de longue date à Denise ! Nous avons donc passé la soirée en amoureux sur le canapé, à faire tourner un vieux vinyle de Guy Béart avec le pot de tisane. « Ah ! Quelle journée ! », y chantait le barde pompidolien, comme par clin d’œil à ma lassitude.
A une heure du matin, avons finalement marché bras dessus bras dessous jusqu’au quai Malaquais, en nous fredonnant comme des adolescents les jolies paroles de Marcel Aymé. Alors que notre reflet dansait sur l'onde de la Seine, me suis dit que dragons ou avocats à pieds plats, nombre de dirigeants de la planète n’ont bien souvent rien à se dire, mais ne s’en déplacent pas moins pour en parler. C’est sans doute pourquoi, fatigués, certains préfèrent courir les femmes nues qui traversent les passages cloutés pour aller s’acheter des gants. Il arrive hélas que ceux d’entre eux qui échappent à Aymé, à Magritte ou à Delvaux soient rattrapés par la police, la justice et la presse de caniveau.
A ce propos, joie d’apprendre hier dans les journaux qu’au moins on parle de moi jusqu’à Damas où, fort aimable, mon homologue syrien me prête à soixante-cinq ans des « illusions colonialistes » ! Aurait-il lu Balzac ? Ou bien été visité par ce Dumas cynophobe qui écrit aussi des livres, secoureur impénitent des dictateurs en perdition ? Si tel est le cas, on n’aura pas manqué de lui vanter mes nerfs d’acier : voilà pourquoi sans doute d’humeur mesquine, il me damasquine et me taquine… J’en ai vu d’autres ! Ce qui m’importe, comme je le démontre en Libye, c’est de sauver des vies humaines, quoi qu’il leur en coûte ! Et puis, soyons francs : accuse-t-on de colonialisme un ministre d’État dont le pays, berceau des Droits de l’Homme, a donné jadis son indépendance à la Syrie ? Non, comme je l’ai dit à Alger, la date de péremption est dépassée : au diable la repentance !
Je veux bien, mon cher Walid, mettre vos « baassesses » partisanes sur le compte du dépit, mais vous sais trop avisé pour croire un seul instant que vous ne me reconnaissiez « aucune influence » dans votre pays, sa région ou le reste du monde. Sincèrement, n’avez-vous point vibré comme tout le monde en buvant mes paroles à l’ONU ? Venez me voir dans ma ville quand ce malheureux différend sera derrière nous : je vous y ferai découvrir les canons de la concertation et de la démocratie participative, qui imposent en toute circonstance l’écoute et le respect des citoyennes et des citoyens, si chers à ma dame de pique ! Vous y verrez aussi comment on anesthésie jusqu’aux plus rétifs avec des fêtes à répétition, des feux d’artifice et quelques verres de vin, sans armes lourdes ni chars ! D’ici là, Cher Collègue, un conseil amical : conjurez l’ophtalmologue qui vous gouverne de retrouver les yeux de la sagesse, plutôt que d’arracher dans des salles de torture ceux des Syriennes et des Syriens, innocents coupables implorant Allah de faire tomber du Ciel comme en Libye mon éblouissante lumière !
P.S. « Tout se tient, remarque Denise. Tu as commencé par RTL et finis avec la grosse tête : Bouvard a trouvé son Pécuchet ! » Si l’on veut, mais que Flaubert vient-il faire dans cette galère ? A ce propos, penser à relire son vaudeville titré « Le candidat »...
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